Salim « Royal S » Saab que nous avons déjà eu l’occasion d’interviewer, repasse dans nos colonnes afin de nous parler du documentaire qu’il a réalisé sur la scène Hip Hop de Beyrouth. Beyrouth Street. Un projet indépendant à l’image de son réalisateur.

Comment t’es venue l’idée de réaliser ce documentaire?
Comme tu le sais, je suis dans le milieu Hip Hop depuis plus de 15 ans, que ce soit en tant que rappeur, journaliste, animateur radio ou tout simplement activiste. Et étant d’origine libanaise et en lien direct avec la culture Hip Hop du Liban, je voulais tout simplement montrer cette scène qui est en pleine ébullition mais qui, selon moi, manque d’exposition. J’ai donc décidé de prendre ma caméra pour filmer les protagonistes des cinq disciplines du Hip Hop libanais. IL manque bien sur du monde, mais c’est déjà un très bon aperçu.

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Lili Ghandour, danseuse. ©Arabia Films

Difficile d’être exhaustif quand on aborde un sujet dans sa globalité. Comment t’y es-tu pris?
J’ai essayé d’être le plus objectif possible en mettant la lumière sur toutes les disciplines du Hip Hop. Evidemment, il y a des disciplines plus active que d’autres, il est donc normal de voir plus de rappeurs que de Beat-Boxer par exemple. Je voulais aussi axer le documentaire sur l’aspect artistique du Hip Hop plus qu’autre chose. Bien sûr,  il y a des moments dans le docu ou les artistes parlent  des problèmes que rencontre le pays actuellement, mais c’est surtout l’artistique que je voulais mettre en avant. Que ce soit en France, au Liban ou ailleurs, à chaque fois que les medias, du moins la plupart, parlent du Hip Hop c’est sous un angle politique et jamais culturel et artistique. Ca me gêne, car ça nous fait passer pour des victimes qui ne font que gueuler derrière un micro… Alors que le Hip Hop, pour moi, c’est la culture artistique la plus puissante de ces quarante dernière années. T’as des types qui peignent des fresques géantes dans les rues la nuit et qui mettent à l’amende n’importe quel peintre contemporain. Les B.boys et B.girls dansent le break, smurf, buggalo mais peuvent aussi danser la Salsa ou la Batchata dans le plus grand calme. L’inverse est peu probable. Les Dj’s Hip Hop ont redonnés une vie au disque vinyle et en ont fait un instrument de musique à part. Comme les Beat Boxers qui font de la musique sans aucun instrument, juste leur voix. Et le rap… Y en a partout dans le monde, différents styles, des types qui sortent du ghetto, des banlieues, des favelas et remplissent des stades. Sérieux, y a quoi de plus puissant que le Hip Hop ? Mais pour autant, je n’oublie pas les autres courants musicaux dans le docu et rend hommage au Rock, Jazz et à la musique traditionnelle arabe, car sans tous ces différents courants, il n’y aurait peut-être pas eu de Hip Hop.

Le tire de ton docu est un clin d’oeil au film Beat Street, non?
Exactement. T’as tout compris. Beat Street est un des premiers films sur le Hip Hop aux USA. C’est un classique. Je voulais faire un petit clin d’œil en appelant le docu Beyrouth Street. Et puis, j’espère que ce dernier sera considéré comme un classique du Hip Hop Libanais…

Rencontrer les différents acteurs n’a pas été trop compliqué ou tu connais tout le monde?
Je les connais quasiment  tous depuis un bon moment. Certains depuis plus de 10 ans. Et puis je l’ai avait déjà quasiment tous interviewés dans mon émission Aswat El Madina que j’anime sur la radio arabophone radio Monte Carlo Doualiya. Ceux que je ne connaissais pas, je les ai rencontrés pendant le tournage. Le milieu Hip Hop au Liban et assez petit donc tout le monde se connait et tu peux vite tous les capter.

Quelle est la scène la plus développée? Le Rap?
Je dirais le rap et le graffiti. En Graff, il y a un niveau de ouf. Les mecs ne blaguent pas. Big up Spaz, Sup-C, Ashekman, Exist, EpS, Phat2,YT, Fish et tous les autres. Des vrais artistes. Et aussi, ce qu’il faut noter, c’est que la plus part d’entre eux vivent de leur art. Ce qui n’est pas le cas des rappeurs malheureusement…

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©Arabia Films

Existe-il des rivalités entre crews comme c’est le cas partout à différents degrés, bien sûr?
C’est le Hip Hop, donc il y a toujours une compétition saine. Mais globalement, à ma connaissance,  il n’y a jamais eu de grosse rivalité ou de gros clashs entre crews…

Au Liban, sous la bannière du Hip Hop il y a des jeunes de toutes les communautés religieuses.

Malgré les différences confessionnelles que l’on connait, la scène hip hop locale semble avancer globalement dans le même sens, ça m’a fait plaisir…
La puissance du Hip Hop… Au Liban, sous la bannière du Hip Hop il y a des jeunes de toutes les communautés religieuses. Et ça se passe très bien. Le seul moteur, c’est la qualité. Soit t’es bon, soit il faut que tu bosses encore. Mais l’aspect confessionnel du pays n’existe pas dans le Hip Hop.

Toutes les disciplines du hip hop sont présentes et ont su créer leurs identités liées à la culture locale, non?
Oui et non. Dans le graff certains font des calligraffitis, comme Ashekman. C’est du Graff en calligraphie  arabe. Mais d’autres peuvent avoir un style propre a eux ou inspirés des writers européens ou ricains. Il y a de tout. Dans le rap c’est pareil. Ca sample du Fairuz et Abdel Halim mais aussi de la soul ou autres. Y en a même qui font un peu de trap comme Jnood Beyrouth. Salutation a eux!

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Salim « Royal S » Saab en plein tournage. ©Arabia Films

Les artistes arrivent-ils à vivre de leur art? Que ce soit en danse, musique ou graff?
C’est dur. Les graffeurs arrivent à s’en sortir. Ils font de la déco pour des restos, boutiques et participent à des festivals etc… Dans le rap c’est très dur. Très peu de médias jouent le jeu, peu de gros concerts rap dans la capitale et les boites qui jouent du rap, jouent que des ricains presque. Donc pas évident de fédérer un gros public. Les danseurs se débrouillent aussi, car ils dansent de tout et ne sont pas seulement dans le Hip Hop. Mais globalement, le Hip Hop au Liban est encore très underground.

J’ai pris ma caméra et j’ai tout filmé en solo. Pareil pour les interviews et le fil conducteur du docu.

En tout cas ton docu m’a donné envie de visiter Beyrouth, quels conseils donnerais tu à un artiste voyageur féru de hip hop?
Très bien, faut que je pense à une reconversion en tant que ministre du tourisme alors (rires). Ecoute, venez sur place voir ça de vos propres yeux. Le Hip Hop y est en pleine ébullition.  Et puis on mange bien au Liban. Et il fait beau.

Fish, graffiti artiste local.

Fish, graffiti artiste local. ©Arabia Films

Y’ a t-il une distribution de prévue en France?
Pas encore… Il est projeté lors de festivals ou dans les instituts. Comme à l’institut du monde Arabe de Tourcoing le 26 avril. C’est une production 100% indépendante. J’ai fait ça tout seul. Moi, ma caméra et mon ambition. Pas de grosse production derrière ce projet. Avant de faire ce documentaire, je n’avais quasiment jamais filmé de manière « pro ». Quand je disais au gens que je faisais un docu on me disait « Faut que t’ai une prod qui te soutienne, faut que tu présentes un synopsis, faut que t’ai une équipe avec toi, faut ci faut ca… » Garde la pêche! Pendant des années j’ai vendu mes CDs dans la rue. J’ai toujours fonctionné de manière indépendante. J’ai pris ma caméra et j’ai tout filmé en solo. Pareil pour les interviews et le fil conducteur du docu.

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J’imagine que tu as d’autres projets sur le feu?
Oui, un nouveau docu en vue. Toujours lié au Hip Hop dans le monde Arabe.

Le mot de la fin?
Big Up à tous les artistes que l’on voit dans Beyrouth Street. Vous les êtes les meilleurs. Merci d’être aussi talentueux !


Beyrouth Street

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