A l’occasion de la sortie de la nouvelle BD d’ELDIABLO (Les Lascars, Monkey Biznes, Les Kassos, Pizza roadtrip, Axolot, Fluide Glacial,…) aux éditions Rouquemoute, dont certaines planches ont été prépubliées dans le mensuel Fluide Glacial de 2015 à 2018, nous avons eu l’occasion de poser quelques questions au scénariste dessinateur d’un recueil que j’ai beaucoup aimé.

Immigré depuis 2015 au Québec, ELDIABLO raconte avec humour ses péripéties d’immigrant au Canada dans Wesh Caribou. Avec la volonté de documenter sa vie et son environnement, ce récit autobiographique raconte pourquoi il a décidé de quitter la banlieue parisienne, la réaction de ses proches puis son quotidien montréalais.

 

 Comment t’es tu retrouvé au canada ?

Départ volontaire. Ça faisait plus de neuf ans que je préparais mon immigration. J’ai pas mal bourlingué à travers le monde (hahaha) et je dois dire que l’Amérique du Nord ‘a toujours attiré. Vivre à NYC c’est pas possible (il faut être milliardaire), et grosso modo, les états Unis me font vachement moins triper ces derniers temps, va savoir pourquoi. Et puis plus globalement, j’adore le NORD. Le Canada et son rude climat hivernal (et estival) me convient parfaitement.

 

L’expatriation c’était un truc voulu ou un truc qui t’est tombé dessus ?

C’est un truc que j’ai souhaité. A noter qu’il s’agit d’IMMIGRATION. Je ne suis pas un expat. Je pense même que, rétrospectivement, c’était un truc ancré en moi. J’ai toujours grandi entouré de fils et petits fils d’immigrés. Moi, à ce que j’en sais, mes parents , grands parents et arrière grands parents ont vécu en France… Je pense que j’avais besoin de vivre cette réalité là, moi aussi.

 

j’aime pas trop le terme « expat », qui ramène à un mode de vie un peu chauvin et colonialiste.

 Tu passes assez brièvement sur le monde des expats français, c’est des gens que tu évites de fréquenter ?

Bah déja j’aime pas trop le terme « expat », qui ramène à un mode de vie un peu chauvin et colonialiste. Je fréquente ici des gens de toutes origines (Américaines, sud Américaines, caribéens, Européens, Arabes Africains) et c’est ce qui fait la richesse d’un pays, le mélange… J’ai pas envie d’être un EXPAT. Tous les Français que je connais ici ont un peu la même vision.

De fait, je ne fréquente pas beaucoup de gens expat. Mais bon, je ne suis pas sectaire non plus, y’e a sans doute des très sympa

 

Comment va le urbanukshuk ?

Merveilleusement bien. Pour ceux qui ne connaissent pas , c’est une sculpture d’inspiration Inuite fabriquée à base de cônes Orange Montréalais. On m’a dit plusieurs fois que c’était une synthèse parfaite de la ville.

Comme il est exposé sur une des plus grosses artères de Montréal, il est régulièrement abimé ou démonté par des soiffards du Samedi soir; Mais je suis un obstiné, je reviens lui redonner vie après chaque saccage, avec ma visseuse.
Récemment je lui ai donné des couleurs d’automne, il est maintenant complètement peint en argenté

 

ce que j’aime, c’est raconter des histoires, et donner ma vision sur le monde

 De Psykopat aux Kassos en passant par Monkey Bizness, Fluide et les Lascars ainsi que les nombreux projets pour lesquels tu es auteur et/ou dessinateur, qu’est ce que tu préfères ? La BD, l’animation, écrire pour d’autres ?

En fait ce que j’aime, c’est raconter des histoires, et donner ma vision sur le monde. Le médium est secondaire. J’aime autant travailler sur des projets en tant que dessinateur, auteur, réal… Du moment que ça me permet d’exprimer mon point de vue, toutes les choses qui tournent dans mon cerveau malade. J’ai quand même un faible pour la BD. héhéhé

 

Je ne crayonne jamais avant, je suis plutôt de l’école du premier jet.

Quelle est ta méthode de travail lorsque tu dois produire des planches ?

Très simple: Pour Wesh Caribou comme pour le reste (la BD Radical Wars qui sort bientôt chez Urban Jungle par exemple): Je commence la première case sans jamais savoir comment va se terminer la dernière.

Je ne crayonne jamais avant, je suis plutôt de l’école du premier jet.

Ce n’est pas le cas lorsque je suis scénariste, en revanche: Là, je construits un univers plus structuré et une intrigue bien plus ficelée.

 

Tous tes projets (enfin tous ceux que j’ai vus sauf peut-être les Kassos) sont tirés directement ou indirectement d’expériences que tu as vécues, est ce qu’un jour un de tes projets sera une totale fiction avec des environnements et des personnages que tu n’aurais jamais croisé ?

Il faut que tu lises un homme de goût, ou Pizza Roadtrip… et finalement même Monkey Bizness… Ce sont des œuvres totalement inventées… Même s’il y’a toujours une petite réflexion sur le réel derrière, c’est quand même pas mal fictionné.

Enfin je crois

Après même Jack Mandrill ou l’ogre Nekros ont forcément une origine réelle… Mais là on touche à mon subconscient, j’ai pas le contrôle!

 

 Pourquoi passer par le financement participatif alors que tu es un auteur « reconnu » aujourd’hui ?
C’est pas le boulot de l’éditeur d’avancer les fonds s’il a confiance en le projet ?

Sur Wesh Caribou, le risque financier était minime dans la mesure ou il avait déjà été prépublié dans Fluide. Et j’ai pas réussi à m’entendre avec Bamboo (qui a repris Fluide Glacial éditions).

Rouquemoute est un petit éditeur avec pas beaucoup de tréso… Par contre, ils font un travail d’artisan très appréciable. C’est pas les éditions Tartempion qui vend du livre au kilo chez Carouf. Ca m’intéressait de bosser avec des vrais passionnés. Je ne regrette pas mo choix, pour cet album.

 

 Est ce qu’un jour, on pourrait voir Tony Merguez tomber nez à nez avec Lieutenant Dirty Gadgette alors qu’il sortait de chez Hammerfist à Montréal ?

Tout est possible. Fume un gros joint et imagine …

 

 Qu’est ce qui te manque le plus du vieux continent (à part le pif à un tarif raisonnable) ?

Beaucoup de choses: Essentiellement des gens. La famille, les amis que j’ai laissés. En même temps maintenant, avec internet les distances se sont super raccourcies. Si je veux je skype ma daronne là maintenant tout de suite (enfin peut être pas, parce qu’il est trois heures du mat en France).

Sinon, je dirais les bastons de regard dans le métro: Ici c’est le pays des accommodements raisonnables, personne ne se bouscule jamais. C’est très reposant, en même temps parfois, le banlieusard en moi se demande ce qui se passe ! Et puis… Ca passe.

 

Le mot de la fin ?

« Osti de tabarnak d’écoeurant de caliss de mange marde! »

Voilà.

(les insultes Québécoises ne m’atteignent pas vraiment, mais je les trouve tellement poétiques)

 

Merci ça fait plaisir

C’est toi merci

 

© Eldiablo & Les éditions Rouquemoute

Plus d’infos ici :

https://www.rouquemoute-editions.fr/

https://www.instagram.com/elfunkydiablo/

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