Non, ceci n’est pas un texte hommage sur Johnny. Il n’a jamais été mon idole et puis quand Bowie, James ou Prince et tant d’autres ont cassé leur pipe, j’ai rien écrit. Donc rendre hommage à Jojo et pas aux autres ne serait pas juste. Ceci dit Johnny, tout le monde le connait. Qu’on le veuille ou non, le vieux faisait en quelque sorte partie de la famille. Vous savez, ce vieil oncle un peu artiste pour qui nos sentiments, bons ou mauvais, étaient forcément coupables.

Johnny… Ce prénom est sur toutes les lèvres depuis l’annonce officielle de son décès. Remarquez, on a vu le truc venir. Lui aussi d’ailleurs… Un cancer qu’ils disent. Trop de gitanes, trop de bibine. Les mauvaises langues diront trop de… Non rien…

Les fans éplorés se massent devant sa résidence pour rendre un dernier hommage à celui qui malgré lui éclipsa la disparition de Jean d’Ormesson. Les bikers remontent les champs Elysées sous la flotte. Les rédactions relisent leur nécro avant parution et les personnalités planchent le juste hommage à publier sur twitter.

Ses fans, ses détracteurs, ses cyniques, répondent tous présent et honorent sa mémoire. De façon différente et parfois de manière diamétralement opposée (coucou Joeystarr), mais un hommage est un hommage. Difficile de s’y soustraire. Un bref passage sur les réseaux sociaux ne saurait me contredire. Tout-le-monde-en-parle! On a beau en pleurer ou s’en branler, le résultat reste le même : on est dedans! Et pour longtemps.

Ce qui pousse à réfléchir à ce phénomène auquel aucun français n’a pu échapper. Celui qui fut introduit par Line Renaud comme étant fils d’un américain et d’une mère française, squatte la lucarne depuis 1960. Jojo la terreur, en résumé c’est pas moins de 57 années de carrière pour 110 millions d’albums vendus. Peu nombreux sont les artistes francophones pouvant se vanter d’une telle carrière. A titre de comparaison, un mec comme Barry White (rip) a vendu une bonne centaine de millions d’albums durant sa carrière. Idem pour Bowie ou Prince, d’ailleurs. D’après wikipedia il n’est pas le seul français à atteindre de tels chiffres. L’indéboulonnable Charles Aznavour fait partie lui aussi du club tout comme Mireille Matthieu (dingue!). Mais les chiffres ne sont pas la raison de ce papier, même s’ils mettent en évidence l’importance qu’a pris cette incroyable machine à cash durant plus de cinq décennies.

L’une des raisons de son succès réside dans le fait que Jean Philippe Smet était un fantasmeur devenu fantasme à son tour. Une image un peu artificielle des états unis. Une entité, une chimère, limite un mensonge. Du spectacle, quoi!

De nombreux amateurs de rock, vous diront que le palmares musical de Johnny, c’est du whisky coupé à la flotte. C’est pas complètement faux, mais attention! Loin de moi l’idée de remettre en cause le talent de l’artiste. Le mec était un véritable interprète qui a su s’adapter et collaborer avec de très grands noms (français et internationaux). Il s’est également illustré (de manière inégale) au ciné comme au théatre. Ce qui n’est pas rien. Donc non, point de mépris ici, juste un rappel du fait que durant toute sa carrière, l’homme que l’on a maintes fois présenté comme rebelle, aura servi du rock à l’eau. Et ça a marché!

Son oeuvre reste une œuvre rassembleuse et impressionnante mais ô combien consensuelle et bien dans les clous quand on y pense. Ce n’est pas faute de puiser l’inspi outre atlantique chez des artistes « en dehors des rails » de l’époque comme Chuck Berry, Presley et bien évidemment James Dean. En adaptant quelques classiques US, le chanteur importe une attitude, une way of life de manière accessible. Du rock n roll en VF assimilable facilement par le plus grand nombre.

Artiste doué d’un instinct de survie artistique hors norme, l’homme a traversé les époques en s’adaptant avec plus ou moins de succès aux différentes tendances. On aura tout eu ou presque : du rockabilly, du yéyé, une brève période hippie, du blues, du hard rock (à l’eau) durant sa lubie Mad Max, de la variété, un bref passage dans le hip hop lors d’une discutable collab avec Doc Gyneco et Stomy Bugzy, de la variété etc. Inutile de s’étendre sur le fait que la star ne s’est jamais frottée à la musique Punk. Trop casse gueule pour lui et surtout mouvement trop éloigné de ses valeurs fiscales (fallait que je la place). Et puis faut pas déconner, n’est pas Plastic Bertrand qui veut, ok!

Finalement Johnny, qu’on le veuille ou non, fait parti de la bande son de notre vie. Ben oui. Il a toujours été là le Jojo. En bruit de fond pour ma part mais toujours là. En ce qui me concerne, quand on me dit Johnny, me revient en mémoire la fête foraine qui squattait le stade municipal du patelin de seine et marne dans lequel j’ai grandi. Précisément aux auto tamponneuses où le proprio de l’attraction passait inlassablement du Johnny. Putain! De notre point de vue c’était ringard, beauf, vieux. Bref, pour nous ça puait la laque et le drapeau confédéré. A l’époque trouvaient grâce à nos oreilles d’ado des trucs comme Téléphone, Bob Marley, Depeche Mode, Kool and the Gang ou Run DMC… Des trucs de jeunes quoi!

Mais soyons honnêtes trois secondes. Partant du principe qu’on a tous en mémoire au moins une chanson de son immense répertoire logé au fond de notre tête, on fait partie de la grande famille! Cette chanson, cette image ou cet air ne se sont pas logés là tout seuls. Tout cela pour dire, que l’artiste ne laisse personne indifférent. Amour, haine, mépris ou dérision sont au rendez-vous pour honorer sa mémoire. Toute une flopée de sentiments partagés par une nation entière, n’ayant d’autre choix finalement que d’assumer ces petits plaisirs coupables. Allez, salut Jojo!

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