Chaque vendredi, vivez au rythme de la série exclusive WANKR ! A chaque chapitre, suivez les aventures d’André Williams, simple comptable qui se retrouve plongé au cœur d’une machination politico-industrio-écologique à l’échelle planétaire. Cette semaine, épisode 3 !

3.

André était sorti de chez Bri, non seulement conquis par les charmes de la farouche hippie mais aussi par son discours et sa cuisine engagée, brillante et efficace démonstration de ce qu’elle venait de lui expliquer. Mais à cet instant précis, c’est cette idée d’empoisonnement collectif coordonné par des industriels qui ne cessait de lui marteler le cerveau. Il arriva chez lui sans trop savoir comment, perdu dans ses pensées et ses théories de complot, et se mit machinalement devant son ordinateur. Il lui fallait des chiffres. Des preuves tangibles. Et malgré l’heure avancée de la nuit, il s’enfonça plus encore dans sa quête de vérité. Après plusieurs heures à tapoter frénétiquement sur son clavier, il se résolu à reconnaître ce qu’il refusait pourtant d’admettre. Les statistiques ne trompaient pas. Il n’y avait jamais eu autant de gens atteints du cancer, de diabète, de maladies cardio-vasculaires, de fatigue chronique, de problèmes de digestion, d’acné, de dépression, d’infertilité, d’allergies… Bref, l’humain n’avait jamais été aussi malade et pourtant nous n’avions jamais autant consulté de médecins, jamais autant eu de remèdes et de médicaments à disposition, jamais autant eu de facilité à opérer et jamais autant eu de capacité à soigner toutes sortes de maladies.

Comment une population qui avait pourtant accès au savoir et aux solutions pour se soigner se retrouvait-elle encore plus malade qu’auparavant ?

Certes la pollution pouvait se présenter comme l’une des causes mais cela ne suffisait pas à expliquer toutes ces maladies et leur recrudescence. C’était désormais clair pour André : le monde médical et l’industrie pharmaceutique avait échoué dans sa mission première de soigner le monde alors qu’elle n’avait jamais été aussi riche et puissante. Et la clé était là : l’argent et le pouvoir.

« Rien de nouveau » se dit alors André. Ce problème avait existé de tout temps. Il avait valu la vie à César et était cause de nombres de tragédies depuis la Grèce Antique. Mais ce qui chiffonnait André, c’était le possible lien qu’avait évoqué Bri entre les différents industriels. Et ce qui le dérangeait plus encore c’est que tout cela se passait à une échelle globale, à l’échelle de l’humanité entière. Se pouvait-il que les uns créent sciemment des problèmes de santé pour que les autres y amènent des solutions ? Et que tout ce petit monde s’enrichisse par la même occasion ? Après tout, nombre de ces industriels faisaient parti des mêmes grandes groupes multinationaux… André était perplexe.

Il se rappela alors de certains chiffres concernant la nourriture qu’il avait découvert lors de ses recherches sur le lait. Il n’y avait jamais autant eu de gens qui suivaient un régime et jamais autant eu d’inscrits dans les clubs de sport et pourtant une fois encore, il n’y avait jamais autant eu de problèmes d’obésité. Les chiffres augmentaient chaque année de façon significative dans les pays développés. Pourtant l’industrie du régime n’avait jamais été aussi bien portante.

Et si ce que nous mangions tous les jours était réellement en train de nous empoisonner ?

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Et si il était réellement dans l’intérêt de la profession médicale et de l’industrie pharmaceutique de nous garder malade au lieu de nous soigner – alors que c’est justement cette raison pour laquelle nous la payons ? « Que fait le gouvernement face à tout cela ? Les gens que nous élisons de façon démocratique et à qui nous faisons confiance pour amener ses concitoyens vers des jours meilleurs… sont-ils également de la partie ? Certes l’argent pouvait pousser certaines personnes à en tuer d’autres – les 80% de la population incarcérée pour cette raison le prouvait bien… Mais de là à élaborer un génocide de masse ! » André, ne s’était tout simplement jamais posé autant de questions…

Son cerveau était de nouveau en « overdrive ». Tel un Karpov face à Kasparov, il se mit à analyser furieusement tous les scénarios. Et si la science sur laquelle s’appuyait le développement de ces médicaments n’était pas fiable ? « Après tout, pendant longtemps les scientifiques croyaient que la terre était plate ! » s’était exclamé André. Les gens qui voulaient prouver qu’elle était ronde était même condamnés au bûcher ! En médecine aussi on avait cru pendant des siècles que faire des saignées pouvait curer les malades. En y réfléchissant, André trouva tout un tas d’autres exemples. L’homosexualité avait longtemps été considérée comme une maladie par les scientifiques… Alors que l’on considérait que les œufs donnait du cholestérol, on estimait désormais qu’ils étaient bénéfiques à notre santé… Son médecin lui avait affirmé dans son adolescence que ses poussées d’acné étaient dues à sa surconsommation de chocolat et de nourritures riches en graisse. Pourtant, il avait lu récemment que la nourriture ne jouait aucun rôle et que le stress était en fait le principal déclencheur de ce qui avait littéralement hanté toute sa jeunesse.

Comment la médecine pouvait-elle se présenter comme une source de vérité alors que l’histoire avait prouvé que nombre de réalités et de faits scientifiques en général et de médecine en particulier s’étaient révélés faux. « Mais alors ? » s’était interrogé André, si l’on ne devait pas considérer tout cela comme factuel et acquis, devait-on simplement juste le prendre comme une opinion ? Encore un monde de certitudes qui se dérobait sous ses pieds. C’en était trop pour lui. Il était tout simplement en train de perdre la raison. Exténué, il se traina misérablement jusque dans son lit et sombra assomé par tant d’interrogations mais également par son excès de vin rouge bio au diner de Bri, plus tôt dans la soirée.

Le lendemain, malgré son réveil tardif, complètement en marge de ses habitudes dominicales, André se jeta de nouveau sur son ordinateur.

Il n’arrivait pas à se convaincre qu’une telle machination était en train d’avoir lieu.

Comme possédé, il se mit en quête de savoir d’où cette industrie pharmaceutique était venue; comment elle était née. Qu’est-ce qui avait fait d’elle une industrie si puissante et si estimée ? L’autre passion d’André était effectivement l’histoire. Il se remémorait de temps à autre cette maxime que son grand-père ne cessait de lui répéter dans sa jeunesse : « c’est en examinant le passé que l’on construit un meilleur futur ». Certes la collection d’ouvrages anciens sur le Général De Gaulle du grand-père n’avait jamais suscité l’intérêt d’André mais cet adage avait résonné en lui quand il avait étudié l’histoire des grandes civilisations et notamment celle de l’Egypte à l’école.

L’industrie pharmaceutique en tant que telle était née avec l’aire industrielle au milieu du dix-neuvième siècle. A cette période, les nombreux blessés de guerre aux Etats-Unis et en Europe purent profiter des premiers médicaments fabriqués en série, notamment les anti-douleurs. Pourtant dominée par la médecine naturelle depuis la nuit des temps, la science de la pharmacie avait été transformé par les progrès de la chimie et par les découvertes des industriels pétroliers qui trouvèrent des applications médicales à certains dérivés de l’or noir. Mais une série d’événements déterminants allaient forger l’industrie telle qu’on la connaissait aujourd’hui. En effet, aux Etats-Unis, à la fin du dix-neuvième siècle, John D. Rockefeller, qui allait rapidement devenir le premier milliardaire au monde en exploitant les ressources pétrolières, s’était mis en tête de trouver un maximum de débouchées à sa matière première dont il détenait alors le monopole dans son pays. Ce qui tombait à point puisqu’au début du vingtième siècle, le postulat de l’allemand Paul Ehrlich – qui lui valu le prix nobel – sur le concept de médicaments à base de chimie synthétique pouvant tuer de façon ciblée des bactéries, des parasites et autres microbes responsables de maladies, avait poussé l’ensemble de la recherche dans cette direction. Rockefeller créa alors sa propre fondation pour la recherche médicale dont les dons de centaines de millions de dollars permettaient de financer la recherche et les hopitaux, dans le seul but de remodeler l’ensemble de la profession medicale, à la faveur de la pétro-chimie. La naturopathie et l’homéopathie, désorganisées et dont les principes étaient impossibles à breveter, ne purent faire le poids face aux fortunes que les magnats Carnégie, Morgan et Rockefeller déployaient alors pour financer les recherches en termes de chirurgie, de radiation et de médicaments de synthèse, créant par la même occasion les fondations d’une nouvelle économie médicale, au nom du progrès et de la modernité.

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Et pour assurer des débouchés à ses nouveaux produits, la prise de contrôle de l’industrie médicale naissante fut couplée à celle des écoles de médecine américaines. Là encore, Rockefeller se fit une place stratégique à force de généreuses donations aux plus grandes universités, qui acceptaient en contre-partie que des dirigeants de sociétés affiliées à Rockefeler siègent au conseil d’administration. Ainsi, en quelques décennies, toutes les universités américaines majeures se retrouvèrent dirigées par les intérêts de leurs généreux donateurs. Ainsi, les docteurs sortant de ces universités n’apprenait plus qu’à soigner qu’à l’aide de médicaments chimiques. Et l’ensemble de la chaîne se retrouva maîtrisée de façon directe ou indirecte par les industriels, qui non seulement produisaient la matière première et ses produits dérivés, mais formaient également les prescripteurs de ses produits.

Au même moment, dans un soucis de profits toujours plus importants et dans le but de développer son activité à une échelle mondiale, Rockefeller décida de s’associer au conglomérat allemand IG Farben, qui était à l’époque le plus gros fabricant de produits chimiques au monde. Tout puissant, il réussit, de ce fait, à développer et à appliquer son modèle à une échelle globale transformant cette industrie en machine imparable. Fort d’une armée de lobbyistes prête à tout pour conforter sa position et ses parts de marchés et sous couvert de fondations censées défendre et protéger les intérêts communs, il n’hésita pas à corrompre politiques et gouvernements en place, à force de généreuses « donations ». Le business de la santé était clairement devenu une source de profit, de pouvoir et d’influence sans égale mesure.

André était sidéré. Une fois de plus, le comptable en lui ne pouvait nier l’évidence :

l’industrie pharmaceutique avait un intérêt financier direct à ce que les maladies perdurent afin d’assurer la croissance du marché des médicaments.

Et quel meilleur moyen pour cela que de développer des médicaments pour soulager les symptômes et non pour traiter les causes des maladies ? André sentait qu’il était en train de s’emballer en conclusions un peu hâtives. Certes l’histoire était factuelle et ne pouvait être niée. Mais rien ne prouvait que les trusts pharmaceutiques étaient responsables d’un génocide disséminé permanent, tuant des millions de personnes… Et puis André n’avait toujours pas trouvé de preuves d’un lien entre les industriels ou d’une machination infernale digne d’un ‘1984’ de George Orwell, à la sauce capitaliste.

Il appela Brianna, content de pouvoir lui faire son petit exposé d’histoire. « Ah si tu savais ! » lui avait rétorqué Brianna. Elle savait qu’elle l’avait touché en plein cœur la veille. Et pas seulement grâce à ses charmes, dont elle pouvait parfois douter. « Tu veux aller au musée du Louvre cet après-midi ? » demanda-t-elle à André un peu timidement. « Si tu veux en savoir plus, j’ai quelques révélations incroyables à te faire ! Toi qui veux des preuves, tu seras servi ! ».

Elle avait une nouvelle fois attisé sa curiosité. Surexcité par la proposition et par son manque de sommeil, André ne put cacher sa joie en criant un « oui » exalté dans le téléphone. « On se retrouve là-bas à 14h ? » rajouta-il aussitôt. Il ne tenait plus en place. Après cette matinée d’investigation, il se sentait l’âme d’un Sherlock Holmes du vingt et unième siècle. Il lui fallait désormais des réponses ! Et ce petit rendez-vous au Louvre prenait un petit air de Da Vinci Code qui n’était pas pour lui déplaire. Qu’allait-elle bien pouvoir lui dévoiler ? Détenait-elle la clé de tout ce mystère ?

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