Chaque semaine, vivez au rythme de la série exclusive WANKR ! A chaque chapitre, suivez les aventures d’André Williams, simple comptable qui se retrouve plongé au cœur d’une machination politico-industrio-écologique à l’échelle planétaire. Cette semaine, épisode 4 !

4.

André se sentit une nouvelle fois l’âme d’un adolescent qui allait à son premier rendez-vous. Réellement impatient, il avait avalé un sandwich dans le métro et était arrivé avec vingt minutes d’avance… ce qui ne fit pas rappliquer Brianna plus vite. Comme à son habitude, elle avait 10 minutes de retard. André qui ne lui en voulait guère était surtout pressé d’entendre les révélations dont elle lui avait parlé. Et il n’allait pas être déçu du voyage. Dans l’escalator qui menait sous la pyramide de verre, il lui demanda un peu surpris : « Mais au fait pourquoi m’as-tu donné rendez-vous ici ? ».

« Tu sais, tout ce que tu m’as dit au téléphone au sujet du complot des industriels, notamment des pharmaceutiques et de Rockefeller… Il y a beaucoup de vérités dans tout cela. De tout temps, de grands empereurs ont eu la main mise sur d’immenses territoires. Ces empereurs ont écrit l’histoire et dessiné les cartes du pouvoir et la destiné du monde tel qu’on le connaît aujourd’hui. L’histoire ne fait que se répèter. On peut véritablement comparer des oligarques comme Rockefeller à un Alexandre Le Grand. Excepté qu’au contraire des ses prédécesseurs, ces nouveaux empereurs ont réussi à conquérir le monde dans sa globalité ! Non pas par la force, la guerre ou l’assujetissement de peuples mais grâce au capitalisme qui est arrivé à maturité au moment où ils ont mis leurs plans à exécution et aussi grâce à l’émergence du pétrole comme source principale d’énergie. Energie qui était indispensable au développement des nouvelles industries. Depuis toujours, l’homme avait rêvé de maîtriser le feu et la lumière. Et tout avait commencé ainsi pour Rockefeller aussi, grâce à son business de carburant pour lampe à pétrole. Puis cet argent et cette puissance s’était accompagné d’une soif de pouvoir et le rêve fou de dominer et contrôler le monde. ». Bri fit une pause pour voir si André la suivait toujours et reparti de plus belle : « Tiens regardes, ici, le Louvre. Ca fait fantasmer pleins de gens qui croient en un ordre mondial, aux Francs-Maçons, notamment. » Mais André la coupa net. Lui le cartésien, pour qui tout reposait sur la science, la logique et les chiffres n’était pas prêt à entendre ces discours mystiques sur la franc-maçonnerie, les illuminatis et autres sectes. « Mais pourtant André… » lui avait-elle rétorqué, « tu me parles bien d’un complot là ». « Regardes… » reprit-elle.

« La pyramide inversée, qui plonge dans les sous-sols, semble appeler à la recherche intérieure, que les anciens alchimistes ont résumée dans la formule Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem «Visite l’intérieur de la Terre et, en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée». Une devise maçonnique ». Elle ponctua sa phrase d’une sorte de rire démoniaque.

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André la regarda dubitatif. Elle l’avait fait venir ici pour ça ? Lui qui avait passé des nuits à essayer de trouver une explication tangible et rationnelle à tout ceci. Il tenta tant bien que mal de reprendre son calme. « Bri… Je vois que les théories du complot font des ravages sur internet. On veut nous faire croire qu’il existe une « vérité » cachée, accessible à quelques initiés. Celui qui accède à cette « vérité » se met à « croire » que l’ordre du monde, depuis des siècles, n’est que la mise en œuvre d’un plan démoniaque de sociétés secrètes à la volonté toute-puissante. Que ces réseaux occultes seraient dominés par les Illuminati, nouveaux « Maîtres du monde » prônant le satanisme, le sionisme et le nouvel ordre mondial. Évidemment, on peut toujours trouver des signes cachés, des bribes de déclarations, des rencontres suspectes, des initiatives qui pourraient « prouver » la réalité de ce complot permanent. On voit des Illuminati partout. Mais je pense que tout cela est sur-interprété et porté par une puissante paranoïa. C’est vrai que je suis maintenant convaincu qu’il puisse exister une sorte de complot, une organisation industrielle prête à tout pour gagner un maximum d’argent mais de là à un ordre mondial… ».

Le sentant quelque peu furieux, elle l’attrapa par le bras et se rapprocha de lui en lui chuchotant tendrement « je te fais marcher avec mes histoires de francs-maçons ! Je voulais juste passer l’après-midi avec toi ! Et puis ça fait longtemps que je ne suis pas venu ici. J’adorais venir quand j’étais plus jeune; pour la beauté des œuvres mais aussi pour regarder les gens tenter de décrypter l’art et se poser tout un tas de questions. C’est amusant ! Tiens, tu fais la queue pour prendre les billets ? Je vais aux toilettes. ». Elle s’éloigna en lui faisant un de ses fameux sourires qui lui faisait instanément perdre ses moyens et qui lui fit oublier le mauvais tour qu’elle venait de lui jouer.

Pourtant, il se sentait tout de même un peu déçu. Il avait vraiment espéré qu’elle lui en dirait un peu plus et développerait le discours qu’elle avait tenu lors de ce fameux diner. A moins qu’emporté par l’ivresse, elle ne se soit laissé aller à des divagations. Il ne savait plus quoi, ni qui croire.

Au bout d’un quart d’heure, armé des billets, ne voyant toujours pas Bri revenir, il se dirigea vers les toilettes. Ouvrant timidement la porte des toilettes femmes, il appela en vain. Il regarda autour de lui mais ne la vit pas. Lui-même prit d’une soudaine envie en profita pour aller se soulager. En entrant dans les toilettes, il entendit des gémissements. Perdu dans ses fantasmes concernant celle qu’il cherchait sans succès, il crut d’abord à des ébats de couple dans les toilettes handicapés. Pourtant en se rapprochant, il aperçut sous le pas de la porte un homme allongé qui semblait souffrir le martyre. L’homme grogna plus fort quand André, un peu effrayé, continua de s’approcher. Il tenta d’ouvrir la porte mais celle-ci était vérouillée. L’homme qui semblait immobilisé intensifia encore ses gémissements. André se mit à secouer la porte comme un forcené, si fort que le verrou tomba. Il se précipita à l’intérieur de la cabine ne sachant que faire, regrettant amèrement de n’avoir jamais accepté de passer son brevet de secourisme lors de ses années de scoutisme. L’homme asiatique, aux cheveux poivre et sel, en costume gris clair, lui tendit la main. Dans un effort qui lui semblait insurmontable, il indiqua à André une bague qu’il portait à son annulaire. Son visage plein de sueur se contractait de façon étrange. Ses yeux exprimait la peur, alors que le reste de son visage paraissait apaisé, serein. André saisit la main de l’homme. Elle était moite. Il regarda la bague de plus prêt et tenta de comprendre ce que l’homme tentait de lui dire. La bague en argent se composait de plusieurs chiffres romains sculptés où un VII en or prédominait.

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Un râle rauque sorti de la bouche de l’homme qui, à chaque seconde, devenait de plus en plus pâle. Désormais complètement affolé par la situation, André tenta un massage cardiaque comme il en voyait régulièrement à la télé dans ces séries hospitalières et policières qu’il aimait tant. Mais cette fois, ce n’était pas de la fiction et André se sentait désemparé. Dans ce qui lui sembla être un dernier souffle, l’homme attrapa le bras d’André avec une poigne qui lui paru démesurée vu l’état du bougre et commença à lui chuchoter quelques mots : « il faut prévenir la… ». « La quoi ? » lui demanda André fébrile. « …la caste ». Puis l’homme enchaîna une succession de mots ne faisaient aucun sens pour André : « Codex… Alimentarius… Monsenti… Glyphosate…. ». L’homme ponctua son charabia par ce qui semblait être un juron en japonais et s’écroula. André secoua l’homme et reprit de plus belles ses manœuvres de massage cardiaque mais sans succès. L’homme restait désormais immobile. Il vérifia son pouls. Pas de doute : il était mort. André était bouleversé. Agenouillé là, il ne savait plus quoi faire. Il se dégagea avec difficulté de l’emprise de l’homme et tenta d’appeler Bri sur son portable. La sonnerie ne retentit même pas. Il tomba directement sur le répondeur… 

Fallait-il appeler la police ? Ou laisser l’homme là ? André hésita un instant à le fouiller pour essayer de trouver des papiers d’identité puis se ravisa. Qu’allait-on penser ? Pouvait-on le soupçonner ?

Il n’arrivait plus à faire le silence dans son cerveau qui échafaudait toutes sortes de scénarios, tous plus fous les uns que les autres. Il réussit néanmoins à reprendre son souffle, de façon si intense qu’il réalisa qu’il était en apnée depuis plusieurs minutes. Son esprit cartésien reprit alors le dessus. Il sorti calmement des toilettes et interpella un agent de sécurité qui passait à proximité.

La suite était devenue floue pour André qui se retrouvait désormais assis devant la commissaire Kaplan qui lui posait toutes sortes de questions. Connaissait-il la victime ? Avait-il un lien avec elle ? Savait-il qui était la victime ? Il semblait à André qu’il était en train de répondre « Non » à toutes les questions qu’on lui posait et commençait à prendre peur qu’on le soupçonne de tout ignorer en bloc. Comment avait-il pu se retrouver dans un tel bourbier alors qu’il était juste parti nourrir un flirt ? Bri ! Où pouvait-elle bien être ? Il chercha machinalement son portable dans sa poche pour l’appeler mais se souvint qu’on lui avait pris pour inspection. En effet, se trouvant sur les lieux du décès, André se transformait en suspect si la mort de cet homme s’avérait être un meurtre, n’est-ce pas ? La charmante commissaire le rassura aussitôt. « Il semble que l’homme soit mort d’une crise cardiaque, monsieur Williams. Il n’y a pas d’inquiétude à avoir. On vous demande tout de même de rester à notre disposition pour plus de questions. On va vous rendre vos affaires et vous allez pouvoir rentrer chez vous. ». « Mais qui est cet homme ? » s’était empressé de solliciter André. 

« Je ne peux vous le révéler. Nous avons eu l’ordre de ne pas dévoiler son identité pour le moment. Encore merci pour votre aide. On va vous raccompagner monsieur Williams. Bonne soirée. ». Cette dernière phrase de la commissaire avait éveillé la curiosité d’André.

Une fois rentré chez lui, effondré dans son canapé, il se repassa lentement le film de l’après-midi. Il essaya de se rappeler les quelques mots que l’homme lui avait murmuré. Que pouvait bien être « la caste » ? Quand il en avait parlé à la commissaire, elle s’était simplement contenté de noter ses propos. Quid également des autres mots qu’il avait prononcé… Codex… Glyphosate…. Il ne se souvenait d’ailleurs déjà plus du reste, tellement perturbé par la mort de cet homme. Le seul mort qu’ André avait jamais eu à affronter était son grand-père dont le corps reposait dans un cercueil la dernière fois qu’il l’avait vu à l’âge de 13 ans. A ce moment, en pleine poussée d’hormones, son esprit confus n’avait su que faire de cette situation. Certes il avait été triste de voir l’homme qui lui avait transmit l’amour des blagues potaches s’en aller mais c’est une question d’ado bien plus philosophique qu’il l’avait taraudé à cet instant précis. Que devient-on après la mort ? Depuis, il n’avait plus eu à faire face à la mort, en tout cas pas aussi directement. Seuls les récents attentats de Paris avait ressuscité en lui un tel mélange d’émotions mais pas de façon aussi violente que l’incident qu’il venait de vivre.

Dans son désarroi, il tenta de joindre sa mère sans succès. Il essaya de rappeler Bri, qui cette fois lui répondit. « Mais tu étais où ? » lui demanda-t-elle vraisemblablement inquiète. « Quand je suis revenue des toilettes tu avais disparu et je n’avais plus de batterie sur mon téléphone. Je t’ai cherché un peu et puis je me suis décidé à prendre un billet en espérant te croiser dans les couloirs du musée. Enfin, vu que c’est le plus grand musée du monde, ça aurait été compliqué de se retrouver, n’est-ce pas ? Ahahaha. Mais au bout d’une heure, j’ai eu mal aux pieds et je suis rentré. Et toi? Ca fait des heures que j’essaye de te joindre ! J’étais angoissée ! ». André esquissa un sourire. Il se sentait heureux. Elle ne lui en voulait pas et ses mots le réconfortèrent dans l’épreuve qu’il venait de subir. Pourtant une question revenait à lui sans cesse : qui était l’homme qui venait de mourir dans ses bras ? Que pouvait bien représenter cette bague que l’homme avait pressé André d’inspecter ?

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