Chaque semaine, vivez au rythme de la série exclusive WANKR ! A chaque chapitre, suivez les aventures d’André Williams, simple comptable qui se retrouve plongé au cœur d’une machination politico-industrio-écologique à l’échelle planétaire. Cette semaine, épisode 9 !

9.

Cela faisait maintenant plus d’une semaine qu’André n’avait pas émergé. Il avait prolongé son congé depuis l’incident du Louvre et était resté terré chez lui. Impossible pour lui de reprendre le dessus. D’autant plus qu’il avait passé cette semaine à tourner au café sans dormir plus de quatre heures par nuit. Il était resté englué à son ordinateur surfant inlassablement, naviguant de lien en lien, sur des sites d’extrémistes du bio, de conspirationnistes, de mondialistes et autres gourous écologistes de tous bords. Il ne savait plus très bien où il en était. Son cerveau était à l’image de son navigateur internet, avec plus d’une trentaine d’onglets ouverts simultanément. Ça partait dans tous les sens. Accablé de fatigue et de tant de découvertes, il se mit doucement à divaguer.
« C’est donc ça. Ils essayent de nous rendre esclave physiquement, mentalement, psychologiquement, financièrement et médicalement… Même les informations sont devenues du divertissement pour masquer le fait que l’on est en train de supprimer une à une toutes nos libertés. C’est de l’esclavagisme de grande envergure, à l’échelle mondiale. Autrefois les bourgeois s’étaient limités au continent africain… Désormais ils voulaient le globe à leur botte». Deux documents essentiels avaient été déclencheurs dans cette remise en question totale d’André. Le premier, avait été le documentaire de 2010, ‘Inside Job’, retraçant l’émergence d’une industrie de la finance scélérate et dévoilant les relations nocives qu’elle pouvait avoir avec la politique, les autorités de régulation et le monde universitaire, qu’elle avait entièrement corrompu. Le résultat était une dépression économique mondiale, la fameuse « crise », dont le coût s’élevait à plus de 20 000 milliards de dollars, et qui avait engendré pour des millions de personnes la perte de leur emploi et leur maison. Le documentaire édifiant – une enquête approfondie composée d’entretiens avec des acteurs majeurs de cette catastrophe – démontrait clairement comment un groupe d’hommes avait sciemment modifié les règles du jeu et les lois en leur faveur pour amasser des centaines de milliards de dollars… ou comment Wall Street avait commis le hold-up parfait, en toute impunité, mettant à genoux une bonne partie de la population et des institutions au passage. « Il faudrait que ce documentaire soit montré dans les écoles ! » s’était écrié André. Le deuxième document décisif dans cette nouvelle tempête qui s’abattait sous son crâne était l’important article sur Goldman & Sachs paru dans le numéro de juillet 2009 du magazine ‘Rolling Stone’ qui avait fait beaucoup de bruit dans la blogosphère ainsi que dans les médias traditionnels du monde entier à sa sortie – et qui était passé complètement inaperçu pour André. Cet article titré : « La grande machine à bulles américaine » exposait le rôle de la banque d’affaires Goldman & Sachs dans presque toutes les crises financières depuis plus de 80 ans. Il apportait un éclairage cru sur les événements financiers et économiques passés et contemporains sur un ton incisif et dans un langage clair.

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Ça avait été une véritable révélation pour André. Une partie du système avait soudainement pris sens.
Aujourd’hui, on prétendait que le système était en crise comme si c’était un accident…
Alors que les choses se passaient comme d’habitude avec une impuissance politique programmée.
Cet article et ce documentaire le prouvait : Goldman avait été à la source, directe ou indirecte de l’ensemble des krachs financiers depuis 1929 et en avait tiré d’indécents bénéfices, à chaque fois. Celui de 1929, lié au développement de la bourse, celui de 2001, lié à la bulle internet, celui de 2008, lié à la bulle de l’immobilier et des subprimes, l’augmentation subite et importante du prix du pétrole en 2008 alors que l’offre excédait la demande… Et après avoir joué un rôle central dans quatre bulles catastrophiques, après avoir contribué à faire disparaître du NASDAQ 5.000 milliards de dollars de richesse, après avoir refilé des milliers de prêts immobiliers toxiques à des retraités et des municipalités, après avoir contribué à pousser le prix de l’essence jusqu’à 4 $ le gallon et provoqué la faim de 100 millions de personnes dans le monde, après avoir mis la main sur des dizaines de milliards de dollars des contribuables à travers une série de renflouages gérés par son ancien PDG, Goldman & Sachs continuait de prospérer et de distribuer toujours plus de milliards de bonus à ses employés. Aujourd’hui, le processus si bien rôdé continuait sur une nouvelle bulle en formation. Celle du business du crédit carbone. Le summum de l’immatérialité qui permettrait aux sociétés de continuer à polluer en toute impunité et aux investisseurs de spéculer sur un juteux nouveau marché…
André se sentait désespéré. Les gens étaient-ils devenus trop fainéants ou trop endormis ou trop endoctrinés pour se rendre compte de la manipulation qu’ils subissaient ? « Mais nom de dieu ! On ne peut pas rester comme ça ! ». Accoudé à son bureau, sa tête tomba entre ses mains. Il voulait pleurer mais la rage était trop forte. Il sentait la paranoïa monter en lui. Pourtant ce n’était pas son imagination qui était en train de lui jouer des tours. Les faits étaient bien réels. Les chiffres concrets. Et les preuves indiscutables.
Il se perdit plus encore dans son délire.
« On nous cache la vérité, nous submergeant d’informations toutes plus futiles les unes que les autres. On nous empoisonne par la nourriture. Je ne peux même plus manger un croissant du supermarché sans avaler de l’acide ascorbique, le même que dans l’aspirine. Je ne peux même plus prendre une douche sans craindre d’être intoxiqué à long terme par le chlore et le fluor que l’eau contient et qui pénètre dans mon corps par la peau… C »est marqué là !!! Nous absorbons autant de toxines sous la douche que lorsque nous buvons cinq verre d’eau ! Je dois travailler toujours plus pour gagner autant, devenant esclave de mon travail et des impôts que j’ai à payer et qui servent à renflouer des banques qui s’enrichissent déjà avec mon argent. Je m’endette à vie pour acheter un appartement que je ne pourrais même pas léguer à mes enfants car ils devront payer tant de droits de succession qu’ils seront obligés de le vendre…
Je prends ma voiture ou les transports en commun qui utilisent un carburant fossile voué à être en pénurie dans quelques dizaines d’années, qui pollue et nous tue à petit feu, ici mais aussi dans les pays où il est exploité, pérennisant guerres et autres génocides. Ma seule alternative pour me soigner, ce sont les médicaments aux effets secondaires plus dangereux que les symptômes qu’ils traitent… On veut me vendre du coca dont un verre équivaut à 15 morceaux de sucre. Le dit sucre qui a été reconnu comme aussi addictif que l’héroïne et qui se retrouve dans tous les aliments manufacturés et autres plats préparés par l’industrie alimentaire… Mon séjour au ski qui vide les nappes phréatiques à cause des canons à neige qui pompent sans vergognes pour assurer un beau manteau blanc ? Les sacs plastiques de mes courses qui seront bientôt plus nombreux dans l’océan que les poissons ? Mais que fait la police ?!?
Santé, nourriture, enfance, logement, banque, politique, finance… Tout est vicié mon pauvre André ! Les industriels sont partout. L’argent est roi, et nous sommes ses esclaves.»
André tenta de reprendre ses esprits mais les idées s’enchaînait toujours plus vite.
« C’est une erreur de penser que les politiques sont impuissants ou incapables de changer la situation en faisant comme si ils servaient l’intérêt général. Renversons un moment la perspective en comprenant que ces gens-là servent les intérêts de ceux qui les ont fait élire et qui sont les 1% les plus riches de la population… Si l’on se met à leur place, ce n’est pas du tout une catastrophe que le monde soit en crise. Pour eux, c’est une réussite formidable. Tout se passe comme prévu. La sécurité sociale est en pleine désintégration, le chômage est fleurissant, ce qui permet de garder de la précarité, de maintenir le peuple sous contrôle et des bas salaires, donc des hauts profits. Oh oui ! Tout se passe bien du point de vue des 1% qui se gavent comme jamais…

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Dans les banques qui devraient être en prison pour faillite frauduleuse, les patrons se font mieux payer que jamais et arrivent même maintenant à se placer dans les gouvernements de différents pays… La situation n’est pas du tout catastrophique pour ceux qui financent les campagnes électorales des élus. Notre président sert les intérêts de ceux qui l’ont fait élire en le faisant passer à la télé et dans les journaux qui sont contrôlés par ces 1%. Pourquoi des banques achètent-elles les plus grands journaux de ce pays ? Pour gagner les élections en organisant une propagande de grande envergure et pour que les élus deviennent redevables à ceux qui les font élire, pas ceux qui ont voté pour eux. Le problème, c’est qu’aujourd’hui nos élus ne doivent rien aux électeurs. Ceux qui vont voter sont ceux qui sont embrigadés par les médias contrôlés par ces 1%. Et que leur montre-t-on dans ces médias ? Qu’ils ont essentiellement un choix limités de 3 personnes ? Un rouge, un bleu et un méchant ? Car il faut toujours un méchant pour que l’on puisse reconnaître les gentils, et pour pouvoir continuer à faire peur… ce que George Orwell dans ‘1984’ appelle ‘l’opposition contrôlée’, celle dont le système n’a rien à craindre. Car c’est dans la peur que l’ordre peut être maintenu. Regardez la similitude entre les courbes de passage à la télé et le résultat des élections ! Plus la propagande est forte et plus le candidat a de chances de se faire élire. Mais au final, a-t-on réellement le choix ? Et surtout que ce soit l’un ou l’autre qui soit élu, a-t-il vraiment un quelconque pouvoir puisqu’il doit rendre des comptes à ceux grâce à qui il a réellement été élu : les financiers de sa campagne.
Ce système tenu depuis la Révolution française par les riches, qui se sont arrogé le droit d’écrire les lois fondamentales, avec des pauvres pour élire les notables qui légifèrent. C’est le capitalisme.
200 ans d’échec du suffrage universel qui permet aux riches d’acheter le pouvoir politique… Depuis qu’ils écrivent les constitutions, ces gens là ont mis en place un système qui fonctionne comme une machine bien huilée et qui donne l’illusion au peuple d’avoir le pouvoir du bulletin de vote. Mais que faire quand, dès le départ, les dés sont truqués ? Tocqueville au dix-neuvième siècle disait déjà : « je ne crains pas le suffrage universel, les gens voteront comme on leur dira ».
Ce contrôle privé des choix publics était une réalité. Ces industriels qui, à grands coups de milliards, corrompait les médias, les professeurs, les intellectuels, les experts, les politiciens, pour faire gagner les élections à leurs hommes de main et imposer la dérégulation par la magie de la « force publique » ainsi privatisée.
« À l’évidence, toutes ces manœuvres sont d’odieux complots contre le bien commun.
Nous ne sommes pas en démocratie ! En démocratie, nous voterions nos lois, nous-mêmes.
En recentrant notre discussion sur la cause de nos problèmes et pas les symptômes, on arrivera à trouver la solution ! Et la cause, ce sont ces industriels assoiffés d’argent ! ».
André n’en pouvait plus. Il ne pouvait plus rester comme ça. Pour sa santé physique et mentale, il fallait qu’il sorte. Qu’il reprenne pied dans la réalité. Il était en train de se transformer en anarchiste, que diable !
Il décida d’aller au bureau, malgré qu’il n’ait prévu d’y retourner que le lendemain. Il se regarda dans le miroir de la salle de bain. Il avait une sale mine. Il ne pouvait définitivement pas y aller comme ça, avec son air hirsute et sa dégaine de clochard en pyjama. Il prit une bonne douche qui lui permis de se vider l’esprit, laissant son blues et ses idées noires s’évacuer dans le siphon, avec les bulles de savon. Il retrouvait doucement une certaine forme d’énergie et de fougue. Il ne pouvait clairement pas rester là à rien faire. Il lui fallait trouver une façon d’agir. Comment changer les choses ? Faire le tri de ses poubelles et devenir végétarien ne suffisait plus à lui donner bonne conscience. Il se devait d’intervenir directement avec des impacts visibles et durables. Mais comment ?
Il décida de laisser son cerveau se reposer le temps du trajet jusqu’au bureau. Il savoura l’instant présent. Assis dans le métro aérien, il observa le paysage défiler sous ses yeux, heureux d’avoir retrouvé une forme de liberté après s’être calfeutré dans son appartement, tel un fou dans sa cellule de dégrisement. Il se délecta également d’avoir retrouvé la liberté mentale de pouvoir juste penser à autre chose. Tout ça était réellement en train de le rendre cinglé. Heureusement pour lui, son retour à la vie en société le ramenait petit à petit vers sa sanité d’esprit. Malgré tout, il savait que les choses ne seraient plus jamais les mêmes. Il avait franchit un seuil et se trouvait désormais dans un autre monde où Dieu, seul, savait ce qui pouvait se passer…

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