Concilier ses études et son job dans un sex shop à Pigalle n’a pas été facile tous les jours. Horaires difficiles, clients relous et rencontres sympas, Marie a pris le temps de se poser quelques minutes pour me parler de son livre qu’elle a écrit sur le sujet il y a quelques mois déjà.

J’imagine que l’on t’as posé cette question mille fois, mais comment tu as atterri dans un sex shop?
Effectivement oui, c’est intéressant d’en parler. En fait c’est par hasard complet. Je rentrais d’une soirée et je suis passée par le boulevard de Clichy et j’ai vu une pancarte sur laquelle il était écrit : recherche vendeuse. Et moi j’avais besoin d’un boulot, je ne trouvais pas ailleurs, du coup ils m’ont proposé de bosser pour eux. Ca s’est fait tout simplement.

Ca ne t’a pas fait flipper, t’as pas eu d’appréhension?
Non. En fait j’étais jamais vraiment rentrée dans un sex shop et là je me suis dit, c’est le moment. Le contact s’est super bien passé. C’était pas du tout libidineux.

A quel moment t’es venue l’idée de faire un bouquin? (intitulé « Et ça, ça se met où? »)
J’ai bossé là bas un an. L’été où j’ai arrêté, un collègue d’un autre job que je fais, m’a proposé d’en parler à son éditeur que j’ai rencontré. On a discuté autour d’un café. Il avait lu ce que j’avais écrit sur mon blog, ça lui a plu. Ce n’était pas vraiment quelque chose que j’avais prévu, j’écrivais un peu les histoires qui m’arrivaient pour ne pas oublier. Du coup je me suis dis comment je vais faire?En fait ça s’est fait naturellement. J’ai raconté le plus simplement possible mon histoire quoi.

En fait moi j’ai une tête de fille sage. Donc tout le monde avait des a priori sur moi.

j’imagine le tableau en soirée : « oui je bosse en sex shop » t’es du genre à assumer ou pas?
J’assumais à fond parce que j’en jouais beaucoup. En fait moi j’ai une tête de fille sage. Donc tout le monde avait des a priori sur moi. Quand on me demandait ce que je faisait, je répondait : je suis étudiante en histoire de l’art et je travaille dans un sex shop. Ah ouais! Sérieux? Donc du coup, ça engageait beaucoup de conversation en fait.

ça t’a ouvert des portes?
(rires) et aussi les rapports humains, ça te met tout de suite sur un pied d’égalité. C’est comme les clients qui viennent te voir ils sont timides donc à ton niveau, donc ils vont être tout de suite correctes avec toi. Ca les met à l’aise en fait.

C’est pour ça qu’il t’a embauché le mec, il s’est dit : elle va mettre les clients en confiance etc.
Ouais, des femmes il y en avait peu dans le magasin. A l’étage, j’étais la seule de nuit, ça manquait aux clients pour qui parfois une présence féminine apportait quelque chose de plus subtil. Parler de plaisir anal avec un mec qui pourrait vous juger, ça fait un peu bizarre alors que moi j’avais pas ce coté là.

Marie Dampoigne

Les sex shops ont beaucoup changé, c’est beaucoup moins glauque qu’auparavant, ceci dit même aujourd’hui, entrer dans ce genre de lieu n’est pas easy pour tout le monde. Quelle genre de clientèle trouve t’on généralement?
En fait c’est pas évident de répondre, effectivement les sex shops ont beaucoup évolué. Notamment celui où je travaillais, c’est quand même un des plus grands et des plus clean. La clientèle était extrêmement variée. On avait beaucoup de touristes, beaucoup de couples et aussi beaucoup de femmes seules. Ensuite pas mal d’hommes d’horizons très variés. Pas vraiment de clients type, c’était vraiment très aléatoire. C’est plutôt cool de ne pas avoir à voir tout le temps les même gens.
De manière générale, es chaînes de sex shops aujourd’hui, ont pris le parti pris de faire quelque chose de beaucoup plus épuré, beaucoup plus design. Ils ont une clientèle parisienne très bobo. Moi ça me fait chier. Je n’étais pas là pour ça, moi je voulais rencontrer des gens, observer toutes les nuances parmi les gens.

Tu as une approche sociologique du truc en fait.
Oui complètement. Parce que je pense que c’est une vraie question et qu’entrer dans un sex shop avec l’idée d’acheter quelque chose pour se faire plaisir, c’est pas inné. Ça se travaille, c’est pas évident. Donc j’ai fait le choix d’être aux premières loges pour observer tout ça.

Le truc le plus galère quand on est vendeuse dans un sex shop?
Ne pas se laisser atteindre par les approches des hommes. Les propositions assez dégradantes. C’est super dur de rester digne et de garder son sang froid. Le patron n’aimait pas trop que l’on s’énerve, chose que je peut comprendre. Une ou deux fois j’ai gueulé contre des clients. Mais après tu apprends à répondre à un « va te faire enculer » par un grand sourire sympathique.

Histoire de désamorcer le truc…
Exactement. Certains n’attendent qu’une chose, que l’on s’énerve. Mais quand tu leur souris, ça les désarçonne, ça casse leur délire complètement. Faut essayer de la jouer diplomate et composer avec le mépris de certains, c’est assez dur. Et les horaires de nuit, aussi…

C’est à dire?
18 heures 2 heures du mat! Sauf que moi j’avais cours derrière à chaque fois donc… C’était limite trop.

J’adorais les gens qui assumaient par exemple le plaisir anal.

Ca paye bien?
Franchement, c’est pas ouf… On était pas payés à la commission. On avait une prime à la fin de chaque mois si on avait bien vendu, mais en fait si j’avais été payée à la com, j’aurais bien gagné ma vie. Là je gagnais plus du smic parce que je faisais 40 heures. Je devais gagner 1600 sur les bons mois. Vu les heures que je faisais, c’était pas vraiment rentable en fait.

Des sex shops du quartier de Pigalle.

Le ou la cliente idéal(e) c’est qui?
C’est quelqu’un qui s’assume complètement et qui va être limite dans l’autodérision. J’adorais les gens qui assumaient par exemple le plaisir anal. Les mecs qui en jouent et qui en rigolent. J’aimais bien les gens comme ça, parce qu’en fait, les gens trop coincés, t’as du mal, t’as l’impression de leur forcer la main. Des femmes ou des hommes, les filles qui savent rire, qui sont à l’aise, qui assument leurs plaisirs.

Ok et la requête la plus bizarre formulée par un client ou cliente?
Des demandes bizarres il y en a eu beaucoup, mais j’en ai une que j’aime beaucoup. C’est la fois où un client est rentré pour, tu sais on vend des poupées en silicone et aussi des parties. C’est à dire juste des têtes, des culs, des seins etc. le gars voulais acheter une femme entière mais décomposée. J’ai trouvé ça génial, le mec m’a demandé ça je me suis dis c’est Dexter dans sa tête! Trop bizarre mais excellent!

J’ai un pote qui a bossé pas loin d’ici dans un sex shop, il me disait que certains vendeurs développent à force une sorte de mépris du client, tu confirmes ou pas?
Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est du mépris mais c’est vrai qu’on repère vite les chieurs et les gros casse-couilles qui viennent juste mater. Ceux là tu finis par les voir. Moi je n’avais pas ce coté là mais après je comprends quand t’as plein de gens qui rentrent et qui jouent avec les godes et prennent des photos… Donc là normal que ça fasse chier certains vendeurs. En fait les gens pensent qu’ils sont drôles, mais ils font tous les même blagues. Un humour de merde! Un mec empoigne une bite géante : »Hey gégé! pour le bureau! »

Je pense que c’est un comportement crétin lié au malaise ressenti par certains.
C’est exactement ça.

Au final, que tires tu de cette expérience mis à par le fait que t’en ai fait un bouquin?
Beaucoup de bonnes choses finalement parce que j’étais très heureuse de mon équipe et j’ai bossé avec des gens super cool qui m’ont très bien intégrée.

Quelle tranche d’âge?
Je dirais entre 20 et 35 ans. Donc c’était super cool. Ça m’a mise en contact avec plein de gens chouettes. J’ai rencontré des clients super. La curiosité et d’apprendre à connaitre plein de produits, c’est assez chouette. C’est vrai que j’assume clairement ma sexualité donc c’est vrai que ça m’a un peu entretenue à ce niveau là. Donc très bonne expérience, très fatigante quand même, mais je suis contente.

J’ai appris des trucs intéressants, bon après c’est un plus, c’est important. Mais c’est pas ma passion non plus.

Ca figure sur ton cv?
Bonne question! En fait, j’ai deux versions. Tout dépend du taf pour lequel je postule. Par exemple j’ai postulé à un poste de vente. La nana m’a demandé si j’avais de l’expérience, j’ai décidé de jouer carte sur table. « Oui j’ai été vendeuse dans un sex shop » Elle a été impressionnée, elle m’a dit que c’était courageux et que je devrait le mettre dans mon CV. Pas sûre que tout le monde soit ouvert à ce point là. Mais dans certains cas, ça peut être un plus. Par contre pour une candidature sur internet, les mecs voient sex shop, ils te zappent direct. Mais dans les entretiens direct, j’hésite pas à le dire car souvent ça fait rire et ça désamorce le truc.

Au final je trouve sain qu’une meuf témoigne de ce genre d’expérience. Ca dédiabolise le truc et ça montre surtout que c’est un business comme un autre en fait.
Bien sûr! Surtout que la sexualité reste assez taboue y compris dans les médias. Le peu de médias qui m’ont contacté pour faire des interviews un peu libres c’est WANKR, VICE ou GET BUSY. C’est dommage que dans les médias français il y ai cette retenue. Dans la société c’est vraiment globalement abordé sur le ton de la rigolade et c’est dommage. C’est un sujet sérieux et du coup le fait de travailler dans ce shop, ça m’a permis d’en parler à des gens et de sensibiliser des gens autour de moi, de dédramatiser le truc. Pour moi c’est vraiment sérieux. Il faut se connaitre, il faut connaitre son partenaire, il faut s’assumer.

Les sex toys en général c’est quelque chose que tu connaissais un peu avant?
Ouais, parce qu’à la base je suis assez curieuse, après je ne connais pas tout ce qui se fait, hein. Ce job m’a permis d’assumer quelque trucs en tout cas! J’ai appris des trucs intéressants, bon après c’est un plus, c’est important. Mais c’est pas ma passion non plus.

En parlant de partenaire, tu avais un mec à l’époque, une nana, j’en sais rien?
Non à l’époque j’avais pas de mec. Après c’est un lieu de rencontres. Les mecs essaient, beaucoup de tentatives de prise de numéros, ce genre de trucs. Mais j’aime pas trop mélanger le boulot avec le reste. En tout cas j’imagine que ça ne doit pas être évident d’être avec quelqu’un quand tu bosses dans ce milieu. Ton partenaire peut penser que tu va faire des « extras ». Et pourtant ça n’a rien à voir. Tu peux parler cul toute la journée sans pour autant être une grosse tainp’.

Tu fais quoi maintenant comme job, maintenant?
Alors, je suis toujours étudiante. Et en ce moment je suis assistante dans la presse. C’est ce que je fais régulièrement. Je suis loin de ce monde là en tout cas, j’ai des horaires de bureau. Je suis toute seule avec mes dossiers, loin de mes godes… Même si ça me manque parfois.

Et concernant le bouquin, ça s’écoule bien?
Ben écoute ça s’annonce bien, un peu de promo, les retours sont bons, tout va bien.

Un mot pour la fin?
Entrez dans des sex shops! Achetez des sex toys, allez voir les vendeurs, les vendeuses. Soyez curieux et aussi lisez mon livre!

 


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