Le graphiste, cet animal étrange, fait l’objet de nombreux fantasmes. Pour beaucoup, c’est une personne cool, qui produit des images cool en toute décontraction. Un magicien qui s’amuse sur son ordinateur à qui on peut demander l’impossible, voire plus.
C’est vrai que graphiste, ça en jette! Ca à un coté technique, créatif et cool. Ca permet plus ou moins de briller en société et d’épater ceux qui n’y connaissent pas grand chose. Bref, c’est hype!

Il existe d’ailleurs plusieurs types de parcours assez courants chez les graphistes :
1/ Le parcours « d’élite ». Passage de quelques années dans une grande école, obtient son diplôme, opère une belle glissade en agences de com’ et se constitue un réseau professionnel « jet set ».

2/ le parcours « artiste maudit » issu d’une grande école, mais en perpétuel doute artistique. Vit dans sa tête et s’enfonce dans des projets incompréhensibles, fini par décrocher et s’oriente vers une autre voie.

3/ le parcours « autodidacte » Le profil type du mec qui a eu l’opportunité de bosser (un peu par hasard) sur un projet marquant ce qui a eu pour effet de lui mettre le pied à l’étrier et a acquérir au fil du temps ses lettres de noblesse dans le métier. Sans diplôme ni qualification. La persévérance et le coup d’oeil ont fini par payer.

4/ le parcours « exclusif », j’entends par exclusif le fait d’exercer son savoir de graphiste dans une recherche stylistique. Exemple : ne bosser que sur un genre musical (rap, electro, métal…) ou un courant artistique ou lifestyle (graffiti, skate, BMX…). Beaucoup d’appelés, très peu d’élus à ce petit jeu. On a pu observer quelques belles réussites. Je fais référence à certains clippers, créateurs de pochettes magnifiques qui ont su perdurer en bénéficier d’une hype durable et parfois méritées. Mais la majorité restent cantonnés au secteur underground.

5/ le parcours « passif », rien de péjoratif ni de méprisant. Cela concerne ceux qui ont fait leur deuil d’un éventuel passage à la postérité dans ce métier et ne font plus que de l’exécution. Rien de créatif, juste de l’abattage. En clair ça donne : « Je ponds le… « truc » que tu m’as demandé, je ravale mon égo, tu me files mon chèque et on en reste là, merci. » Un job alimentaire comme un autre en somme.

bureau

« Bon alors aujourd’hui au planning… »

L’art de la concession

Il n’y a pas de mystère, seuls les plus stylés s’en sortent le mieux. Avec internet, la possibilité de montrer son travail au plus grand nombre offre des opportunités incroyables. Mais comme partout ailleurs, la concurrence est féroce et seuls le style et l’audace font la différence. Il faut se montrer, titiller, étonner, subjuguer. Faut faire son petit tapin,quoi! Alors que certains seront érigés au rang de stars graphiques, affichant leurs bobines dans LA revue Etapes graphiques, les autres devront se contenter d’apprendre l’art de la concession. A savoir, jongler avec les clients relous ayant un goût prononcé pour le mauvais goût ou cultivant un élevage d’oursins dans les poches. Bienvenue dans le coté obscur du graphisme, bébé! Ben, oui, parlons en des clients. Quelque soit le background, le pédigrée ou appelez ça comme vous voulez, tout créatif qui se respecte y est immanquablement confronté! Parce que par définition, le client est souvent une plaie! Entre les indécis, les mauvais payeurs, les planteurs et les beaux parleurs, l’amour du métier ne suffit pas toujours pour tenir le coup. Ce qui explique que de nombreux confrères s’orientent vers le parcours « exclusif » (voir plus haut). Mais en général ça ne paye pas, alors ils reviennent dans le rang et continuent de se plaindre.

"On avait dit plus de rose et mon logo en gros au milieux, t'es sourd?!"

« On avait dit plus de gooold et mon logo en gros avec des diamants incrustés dessus, connard! »

C’est de notre faute, en fait (mais pas que)

Le graphiste type est un râleur de première. J’enfoncerais le clou en disant qu’il se doit de l’être! Car dans ce métier, les plus gentils se font bouffer et se retrouvent à enchainer des travaux pharaoniques, sous payés et dévalorisants sur le plan professionnel. Ou crament leur énergie en rendant service à des potes pour des projets casse gueules, payés en cacahuètes ou au mieux en weed. Parce que c’est un fait : beaucoup trop de personnes voient les graphistes comme des geeks suceurs de licornes capables de transformer un concept foireux en campagne de l’année! Quoique sur un malentendu, ça peut arriver.

Honnêtement, difficile de garder foi en l’humanité avec le florilège de propos du type : « Hey! 150 balles pour un site, ça va, non? », « Tu peux nous faire notre clip, par contre on a pas de thunes », ou le classique « Argh, mon frère, la soirée n’a pas marché, je peux pas te payer pour la com… » Pire, une fois, un mec a même tenté le coup tordu de m’amener une nana pour qu’elle me fasse une pipe en guise de salaire pour le travail rendu. Tristement véridique! Je sais c’est classe… :/

150 balles pour un site web?!

150 balles pour un site web?! Nan, mais tu rêves!

En fait notre charge est énorme : être créatif, orienter notre clientèle et garder le sourire. Ca fait partie du package. Démontrer encore et encore l’importance de l’image. Mettre l’accent sur la qualité et expliquer pourquoi il faut y mettre les moyens (et je ne fais pas référence qu’à l’argent).

J’ai mis énormément de temps à comprendre, mais aujourd’hui, je zappe systématiquement les coups tordus et/ou fauchés. Question de survie. Il m’arrive de dépanner de temps à autres c’est normal, mais faut pas que ça bouffe tout mon temps, hein. Parce qu’au final, à bosser constamment de cette manière on se dévalorise, on dévalorise son travail, on dévalorise le secteur créatif dans son ensemble.

Pardon si en lisant ces lignes, certains potes et anciens clients se sentiront visés. Qu’ils se rassurent, ce post est 100% garanti sans haine ni violence. Promis! Mais bel et bien avec le sourire. Pour preuve, par respect pour vos familles, aucun nom n’a été cité, donc ça va. D’ailleurs, rien que pour ça, vous me devez une reconnaissance éternelle. Les autres, j’attends encore votre chèque! Bisous!

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