Chaque semaine, vivez au rythme de la série exclusive WANKR ! A chaque chapitre, suivez les aventures d’André Williams, simple comptable qui se retrouve plongé au cœur d’une machination politico-industrio-écologique à l’échelle planétaire. Cette semaine, épisode 7 !

7.

« – Allô, Rolf ? C’est Rafael !
– Comment vas-tu mon frère ?
– Ça va… Ça va… Tu as vu que le jap était mort ?
– Oui… Quel imbécile. Pourquoi a-t-il eu besoin de déraper comme ça ? On l’avait prévenu à la dernière assemblée. Ça aurait pu nous exposer de façon critique… Mais il faut avouer que ça devenait compliqué pour lui… Il ne pouvait plus faire son travail tranquille depuis qu’un idiot de son équipe avait balancé leurs dossiers de recherche et développement à un journaliste. Tout ça pour quelques centaines de milliers d’euros… Comme si on ne les payait pas assez comme ça ! Enfin, au moins toute cette affaire ne devrait pas aller plus loin. Je l’ai eu au téléphone avant qu’il ne se rende à Paris et il m’a confirmé qu’il avait détruit la quasi totalité des documents compromettants et surtout ceux qui le reliaient à nous.
– Attends, Rolf… La quasi totalité ? Ça veut dire quoi ? Qu’il reste malgré tout des traces ?
– J’en ai bien peur Rafael… Mais j’ai quelqu’un sur le coup.
– Rolf, j’ai aussi mes sources tu sais. Tu ne peux pas la faire à ton propre frère. Ahahah. Ce qui m’inquiètes le plus dans tout ça, c’est qu’il paraît que quelqu’un l’a vu mourir. Et si il avait parlé de nous ? Et si il avait divulgué quoi que ce soit ? C’est la première fois en plusieurs décennies que nous sommes confrontés à une telle crise. Jamais personne ne s’était remis en question comme Takashi au point de tout faire capoter. Surtout d’une façon aussi minable.
– Ne t’inquiètes pas Rafael. Je te dis que la situation est sous contrôle. J’attends le dossier complet de l’enquête d’un instant à l’autre. On va pouvoir régler ça rapidement, efficacement et surtout dans la plus grande discrétion. Tu connais la devise. Elle ne représente plus seulement notre style de vie, désormais. Elle est l’étendard de notre survie.
– Je sais… Je sais, grand frère. Invisibilité, indivisibilité, invincibilité.
– Tout à fait. Bon et sinon ? Ca va ? Comment vont tes dossiers en cours ?
– C’est pas évident et un peu à cause de toi. Ahaha. Tes gars sont de plus en plus gourmands et vos nouveaux systèmes de trading haute fréquence chamboulent tout. Il faut absolument que l’on arrive à contrôler tout ça… ou en tout cas arriver à le rendre moins visible.
– Rafael, tu sais bien que la politique, ça devient de plus en plus du théâtre et les politiciens, que tu essayes de diriger, des marionnettes. Le problème c’est que les gens commencent à s’en rendre compte aussi. C’est vrai que je t’ai un peu volé la vedette. Mais à nous deux, on n’a jamais autant eu de pouvoir et de contrôle sur eux. On leur fait faire tout ce que l’on veut. Et tant que le patron est content…
– Oui, enfin, les chiffres sont pas vaillants, hein.
– On a passé la barre des 7 milliards il y a déjà 5 ans, c’est vrai. Mais on a jamais autant maîtrisé la situation, non ?
– Tu trouves Rolf ? Sérieusement. Que l’un des nôtres arrive à en mourir. D’ailleurs, on n’est même pas sûr de quoi il est mort.
– Peu importe. Notre vrai problème, maintenant, ça va être de le remplacer. Le patron est de plus en plus pointilleux et ça se comprend. On ne peut plus risquer un tel échec. Il serait furieux. Et puis vu l’urgence que tout cela a pris, on n’a plus le temps de prendre autant de précautions qu’avant. J’envie vraiment les anciens qui avaient le temps de construire des groupes cohérents, de travailler dans le secret le plus absolu et faire passer en douceur des énormes pilules à la masse.
– Pas le temps pour la nostalgie Rolf ! Heureusement que Takashi faisait du bon boulot et a donné pas mal d’impulsions à long terme. On est tranquille de ce côté là pendant un bon moment.
– Rafael… après ce qu’il nous a fait, on n’est plus sûr de rien. Il va falloir se méfier dorénavant. Une grande partie de notre organisation pourrait être en danger… et vu à la vitesse à laquelle tout s’accélère, on n’est vraiment plus à l’abri. On va voir ce que décide le maître à la prochaine réunion, lundi prochain. Il va y avoir du chamboulement, on peut en être sûr. Bon je te laisse, je te tiens rapidement au courant, dès que j’ai plus d’éléments. »

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Rafael raccrocha et prit une longue respiration. Il regarda sa bague or et argent au VII doré. Que de pouvoir. Mais aussi que de responsabilités. Son grand frère avait raison et Rafael le savait. Ils n’avaient jamais été aussi puissants et leur pouvoir aussi étendu. Depuis leurs études rondement menées à Yale où ils avaient développé un précieux carnet d’adresses en rencontrant les enfants des plus riches et plus puissants de ce monde, au début des années 80, jusqu’à leur recrutement par le maître, en passant par leur incorporation à la fameuse Skull and Bones ou dans le groupe de Billderberg, le parcours avait réellement été sans faute… jusqu’à présent. Alors même qu’ils commençaient seulement à récolter le fruit de décennies de labeur et de coup d’éclats…
En effet, les frères Kachinsky s’étaient montrés d’excellents éléments, et ce, dès la première heure. Discrets mais efficaces et créatifs dans leur approche de la finance et de la politique, leur fulgurante courbe d’apprentissage, d’habitude si longue chez leurs prédécesseurs, avait particulièrement impressionné le maître avant qu’il ne les recrute. Alors même qu’il y avait deux ans d’écart entre eux, tout le monde les prenait pour des jumeaux tant la ressemblance était frappante. Et leur côté fusionnel ne s’arrêtait pas à une simple ressemblance physique. Rolf n’avait d’ailleurs pas hésité à redoubler deux fois pour que son frère puisse, à terme, le rejoindre à Yale afin qu’ils puissent faire route ensemble et construire une sorte de super robot à deux cerveaux, comme ils l’avaient déjà imaginé étant petit. Et en plus d’être de brillants élèves, leur image parfaite de mannequins sortis de pages de magazines leur avait ouvert bien des portes. Une combinaison décidément fatale pour quiconque se présentait sur leur chemin. On ne comptait plus le nombre d’hommes et de femmes qui avaient subit la puissance de leurs charmes plastiques et intellectuels. D’ailleurs, la plupart des femmes leur donnait la quarantaine alors que Rafael venait de souffler sa cinquantième bougie. Malgré tout, alors qu’ils auraient pu jouer d’autant d’atouts, ils avaient su s’effacer derrière leur mission, gardant leurs meilleures cartes pour les grands jours. Et les résultats avaient définitivement été au rendez-vous. Des coups d’éclats, ça il y en avait eu !
Pour Rolf, ça avait été l’informatisation de la bourse à la fin des années 80 et la crise des subprimes de 2007. Là on avait vraiment passé un cap ! Et il n’en était pas peu fier. Certes certains journalistes indépendants et autres ONG lui menaient indirectement la vie dure. Heureusement pour lui, il œuvrait dans le back office, de façon plus pernicieuse. Ce qui n’était pas le cas de ceux qui étaient en façade et qui prenait les coups pour lui.
On avait beau dénoncer l’omniprésence des algorithmes informatiques incontrôlés dans la finance et notamment le trading à haute fréquence – ces échanges boursiers traités à la milliseconde, symboles de la transformation des marchés en casinos – son petit plan se déroulait tout de même à merveille. Et puis on pouvait toujours trouver quelques cibles faciles pour les médias comme Madoff, Kerviel ou Ding Ning – le Madoff Chinois qui avait réussi à détourner 7 milliards d’euros. Du pain béni pour occuper les esprits et laisser Rolf opérer plus sereinement. Depuis, on n’avait jamais amassé tant de capital, de pouvoir et de poids ! C’est bien simple, sur les cinq dernières années on était passé de 750 milliards de dividendes à 1150 milliards reversés par an. Ils pouvaient tous parler de crise tant qu’ils voulaient ! Pour Rolf, c’était la consécration ultime. D’ailleurs, sa devise préférée venait d’Henry Ford : « Il est appréciable que le peuple ne comprenne rien au système bancaire et monétaire . Car si tel était le cas, je pense que nous serions confrontés à une révolution avant demain-matin …! ». Et de ce côté là, Rolf avait su appliquer ses stratégies à la perfection.

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Rafael lui l’avait joué plus fine que son frère, de façon moins spectaculaire mais tout aussi efficace. Notamment avec la mise en place de la dynastie Bush au pouvoir des Etats-Unis. Alors ça ! Ça avait vraiment fait l’unanimité au sein du groupe. Tous les architectes avaient pu mettre la main à la patte, chacun dans son domaine. Du grand art ! Rolf avait raison. « En ce temps là on pouvait encore bosser tranquille ! » avait pensé tout haut Rafael.
Néanmoins les exactions de son frère commençait à le travailler. Ses propres gars, eux-mêmes, commençaient à remettre en question ses dernières décisions. L’un d’eux avait même avoué à Rafael que « le système financier était devenu complètement fou et qu’il faudrait mettre en place plus de régulation et plus de règles. » Mais Rafael, et par extension les politiques, avait le plus grand mal à réguler cette finance-là. Quoiqu’il en soit un nouveau krach boursier ne pouvait pas être mauvais en soit, avait-il finit par conclure.
Plus de défaillances, plus de choses à dénoncer, plus de raisons pour le peuple de se rallier à un camp ou un autre, plus de conflits en vue et donc plus de contrôle sur la population. Et c’est bien ce que le patron voulait au final. C’était la fameuse « stratégie de la tension » qui avait fait ses preuves en Italie, de façon un peu brutale mais qui avait montré le chemin à Rafael. Une partie des actes commis visaient à susciter délibérément un climat de violence politique, dans le but de favoriser l’émergence d’un État autoritaire. Il s’agissait de « la manipulation en sous-main par le gouvernement de groupes politiques radicaux afin de provoquer des débordements qui favoriseraient aux yeux de l’opinion publique des politiques autoritaires ». Et ça Rafael l’avait parfaitement maîtrisé. Les attentats du 11 septembre et l’apologie du terrorisme avait été un terreau fertile pour faire passer toutes sortes de décisions et de lois qui enfreignaient directement les plus vitaux des droits de l’homme.
On ne pouvait le nier, à eux deux, les frères Kachinsky faisaient certainement une bonne partie du boulot ! Mais l’heure était grave. Le patron l’avait assez répété à la dernière assemblée. « Il faut éviter une révolution et vraiment passer à la vitesse supérieure si l’on ne veut pas que tout cela devienne hors de contrôle, et que tout notre travail n’ait servi à rien. »
Mais Rafael savait que les cartes qu’il avait actuellement en main donnerait au groupe un peu plus de temps pour avancer de manière sereine. Il savait qu’en promettant de l’espoir et du changement, la population continuerait de subir sans broncher.
Comme hypnotisé par sa bague, il se mit à rêver. Dans son idéal, l’humain moyen travaillait 9 à 10 heures par jour, avait au moins deux crédits, le premier pour sa voiture qui serait à la casse bien avant d’avoir été remboursé et le deuxième pour payer l’université des enfants. Sans parler des nombreux micro-crédits devenus nécessaires pour entretenir un certain standing et une certaine image imposés par le diktat des médias et de la publicité. Il pouvait difficilement devenir propriétaire à moins de s’endetter sur une très longue période et en fin de carrière, ses maigres économies serviraient à payer sa retraite. Il avait 70% de chance de mourir du cancer, sans doute à cause d’une nourriture trop riche en matière grasse et en sucre… mais aussi en pesticides, hormones et stéroïdes. Heureusement ses économies serviraient, en partie, à payer les médicaments qui pourraient, avec un peu de chance, le garder en vie suffisamment longtemps pour qu’il puisse voir ses petits enfants naître. Malheureusement pour lui ou elle, juste avant leur mort, ils apprendraient que le gouvernement aurait passé la taxe sur l’héritage de 55% a 65%. Ils crèveraient dans l’indifférence générale, pendant que leurs enfants et petits enfants seraient happés par la machine, une machine déshumanisante et froide, faite de manipulation, de divertissements abrutissants et de matérialisme.
Rafael jubilait. On y était presque ! L’esclavage moderne était là. Et les promesses d’espoir et de changement continuaient de donner des résultats ! Malgré que l’histoire ait montré à maintes reprises que la promesse du changement n’arrivait jamais de façon positive pour le peuple, ce dernier continuait de croire. Et c’était bien là le principal.
Certains de leurs collaborateurs, qui n’étaient pas au fait de l’objectif réel des frères Kachinsky, voyaient en eux des psychotiques intelligents mais extrêmement subversifs qui n’avaient que l’appât du gain et du pouvoir en tête. Et personne ne pouvait nier leur efficacité de ce côté. Eux se voyaient à l’image de leur mission. Une mission qui leur semblait si essentielle et vitale que nul ne devait en découvrir le but ultime. Selon le maître, c’est la survie de l’humanité qui en dépendait.

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