Partant du principe que 20000 jeunes sont sans toit en France, ce qui correspond environ à 35% de la population sans domicile, trois potes on décidé de réaliser un documentaire sur le sujet en suivant trois jeunes SDF durant trois ans. Cela s’appelle « Comme tout le monde ». Rencontre avec Philippe Dinh, l’un des réalisateurs qui nous éclaire sur ce projet.

Salut, alors pour commencer, peux tu te présenter?
Je m’appelle Philippe Dhin, je suis co-réalisateur du film « Comme tout le monde ». C’est un documentaire qui a été initié par Julien Billion. On est une équipe de trois personnes dont lui et Patrick Muller l’autre réalisateur. C’est un projet que l’on a démarré il y a trois ans.

Comment vous est venue l’idée de monter ce projet?
En fait, Julien est sociologue. Il était auparavant éducateur de rue et il s’est toujours intéressé à la jeunesse sans domicile. Il a écrit une thèse sur le sujet qui traite des jeunes de Paris et de New York en fait. Il a voulu mettre ça en image, du coup on a démarré le projet en 2013. Les trois jeunes que l’on suit sont en fait des personnes qu’il avait suivi lorsqu’il était éducateur de rue et après en tant que sociologue.

Le but est de changer les gens et leur regard sur la jeunesse sans domiciles et les sdf.

Il n’a pas été trop compliqué de convaincre ces trois personnes de participer à ce documentaire?
En fait ça a été assez simple car Julien les connaissait assez bien. il avaient un rapport de confiance, du coup ils se sont investis dans le projet, ils se sont livrés comme si on les connaissait très bien.

 

Comme tout le monde

Mickael, l’un des trois jeunes suivi dans le documentaire.

Pour résumer, ce documentaire suit sur trois années trois SDF. Au final, quelle est la finalité de ce documentaire?
Le but est de changer les gens et leur regard sur la jeunesse sans domiciles et les sdf. On s’est intéressé à eux en tant que personnes pour montrer qu’il n’y avait pas de différence fondamentale entre les sdf et les personnes qui ont un toit. On ne voulait pas aborder le sujet de façon stigmatisante et sans tomber dans le misérabilisme. Créer de l’empathie avec eux au fil des histoire qu’ils avaient à nous raconter. De part leurs parcours de vie nous amener à changer le regard des gens en fait.

Vous êtes toujours en contact avec eux?
Oui! Ils viennent à toutes les projections du documentaire quand ils peuvent. D’ailleurs on doit faire un cours à la New York University à Paris et ils vont intervenir avec nous dans le cadre de cette rencontre. Il s’agit d’un cours sur le cinéma. Ils font partie intégrante de ce projet.

Par quel biais le documentaire sera t’il distribué?
Nous sommes actuellement en contact avec des distributeurs dont certains sont intéressés par une sortie en salles, on va voir. On est également en contact avec des chaînes télé, on tâte aussi le terrain de la VOD. On en saura plus dans les 2, 3 mois à venir. Ca ne dépend pas de nous en fait. La particularité de notre documentaire c’est que c’est un projet axé sur le témoignage. Un format qui sort des standards et des formats habituels. On verra si ça intéresse une chaîne en tout cas.

Comme tout le monde

Julien Billion, Philippe Dinh, Patrick Muller.

Ce documentaire est autoproduit c’est ça?
Exactement. On l’a totalement autoproduit. On a démarré avec les moyens du bord, on a fait appel à des partenaires et on est également passés par la case crowdfunding. Ce qui nous a permis d’avoir un peu plus de moyens pour tenir sur la distance. Normalement, avec ce qu’a rapporté cette campagne, c’est un budget avec lequel normalement tu es en mesure de réaliser un court métrage par exemple. Mais on s’est aperçu qu’on avait assez de matière pour en faire un doc d’une heure. La post production en revanche a été assurée par l’un de nos partenaires (publicis). En fait on a bénéficié de tout un réseau, une communauté qui c’est crée autour de ce projet : les personnes qui ont contribué financièrement par le biais du crowdfunding, ceux qui nous ont prêté du matériel, les partenaires média comme le Huffington Post qui nous a apporté une belle visibilité. Publicis également à la co production et surtout une association qui s’appelle Entourage qui nous a accompagné sur la communication. Cette asso a été très complémentaire car ils ont développé une application de mise en relation avec des personnes à la rue et de créer un réseau d’entraide en gros.

J’en ai entendu parler lors de la projection. Comment ça fonctionne?
En fait il s’agit d’une appli te permettant de créer un entourage, d’y intégrer des gens dans le but de monter des actions solidaires, proposer des contributions, convier vos voisins à un événement solidaire etc. Créer des actions simples pour venir en aide aux sans domiciles fixe, quoi. Ce qui est très complémentaire avec notre projet car nous cherchons à changer le regard des gens sur les sdf, eux, par le biais de leur appli, proposent des moyens concrets pour aider au quotidien.

La vie d’une personne à la rue peut changer du tout au tout en l’espace de quelques mois.

Pour en revenir aux trois SDF présents dans le docu, où en sont ils actuellement?
Ils sont tous à la recherche d’un job, Kenny, il est à Paris en ce moment, il travaille avec l’association Entourage. Il ne bosse pas à plein temps, mais il s’est remis à travailler. Michael bosse aussi. Il est actuellement à la SNCF. Bon c’est ponctuel, ce ne sont pas des CDI, mais c’est toujours ça. Et Loubna, est partie dans le Sud.

Ce qui est intéressant c’est que tous les trois avaient des parcours de vie complètement différents. Pour deux d’entre eux, l’insertion fait partie de leurs souhaits d’une certaine manière. Mais pour Mickael par exemple, trouver un job, avoir un toit, ce n’est pas forcément un but en soi. Il a la volonté de travailler, de se stabiliser mais il aspire avant tout à être libre. Je ne dirais pas qu’il aime vivre au jour le jour, car ça reste compliqué mais il tient à sa liberté, je pense. C’est vachement intéressant parce que le titre du docu c’est « Comme tout le monde » et Mickael dit (il cite cette expression à deux reprises) : il dit qu’il n’a pas envie de travailler et d’entrer dans une routine comme tout le monde, d’avoir un appart comme tout le monde. A un autre moment dans le docu il dit qu’il a envie d’être considéré et respecté comme tout le monde. C’est pour cela qu’en fait le titre du documentaire est « Comme tout le monde« .

Vous rencontriez les trois SDF tous les six mois environ, comment organisiez vous les rendez vous?
Ca s’est fait au fil de l’eau. On n’avait pas de temps de tournages prédéfinis. On a tourné avec nos moyens et en fonction de leurs disponibilités. Du coup, on n’a pas forcément eu un suivi régulier sur un année. C’est ce qui nous a permis de construire la dramaturgie du documentaire. Parce qu’en ne les voyant pas sur une certaine période, on avait le recul nécessaire sur leurs différents parcours, sur ce qu’ils devenaient. La vie d’une personne à la rue peut changer du tout au tout en l’espace de quelques mois. C’est ce que le documentaire montre en fait.

Y a t’il d’autres projets sur le feu?
Oui on aimerait réaliser un autre documentaire. Soit continuer à les suivre et poursuivre cette aventure. Eventuellement aller à l’étranger et faire une comparaison. Je ne sais pas si ça va se faire.

Ok, reproduire le même modèle de docu mais à l’étranger…
Exactement! Faire quelque chose en rapport avec la thèse de Julien, mais c’est au stade embryonnaire pour le moment. On verra. Toujours est il, le but est de continuer à faire des documentaires qui permettent de changer le regard des gens sur les minorités sociales, ethniques, des communautés de travail, je pense aux travailleurs pauvres par exemple… Julien s’intéresse aussi à la protection de l’enfance. Bref, ce qui nous interesse c’est de changer le regard des gens sur certains sujets. On fait des choses qui nous semblent avoir du sens.

Bonus :
Pour plus de détails sur ce projet, la page Facebook du documentaire.
La page Youtube du projet comportant quelques extraits.

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