A quelques jours du cinquième anniversaire de son émission « Old School / New School », Royal S s’apprête à marquer le coup sur les onde comme il se doit. En attendant, il prend le temps de répondre à quelques unes de nos questions.

Salut, peux-tu te présenter?
Royal S, artiste rap, journaliste et animateur radio sur Aligre FM et Radio Monte Carlo Doualiya.

Ton émission fête ses 5 ans d’existence, ce qui n’est pas rien. Comment est venue l’idée?
J’ai toujours beaucoup écouté la radio et un certain moment vers 2008, 2009 j’ai arrêté. Je trouvais que les émissions de rap étaient de moins en moins intéressantes. Beaucoup de commérage et les playlists rap/r’n’b étaient sensiblement les mêmes d’une radio à une autre. Et surtout, sur la FM il n’y avait aucune émission qui rendait hommage à l’ancienne école, aux pères fondateurs de la culture Hip Hop. Donc en juin 2010 j’ai décidé de créer ma propre émission de radio : Old School/New School. Le concept est simple, on rend hommage aux anciens mais aussi à la nouvelle génération. Une émission ou je reçois Dee Nasty, Rocca et Solo d’Assassin mais aussi Alpha Wann ou Georgio. J’ai donc proposé le concept à Aligre FM qui est une des dernières radios libre. Il manquait une émission de Hip Hop dans leur grille des programmes, donc ils ont acceptés direct. Et puis ils m’ont fait confiance vu que je suis rappeur mais également journaliste. J’ai pigé pour beaucoup de  magazines  de rap comme The Source France, Tracklist et Rap Mag.

Globalement, une émission comme Old School New School, ça se prépare comment?
Ça dépend de l’invité. En général, les rappeurs de la nouvelle génération n’aiment pas trop bavarder, ils préfèrent freestyler pendant une demi-heure. A ce moment-là, je prépare quelques questions sur leur actu, je joue trois sons à eux et ça part en freestyle ensuite. Quand c’est des artistes qui ont une plus longue carrière c’est différent. Je prépare une interview spéciale sur leur parcours. Des interviews fleuves qui peuvent durer 45 minutes non-stop. Parfois il m’arrive aussi d’organiser des débats. Et là aussi c’est diffèrent, il faut choisir le thème, les bons invités, à l’avance savoir comment orienter le débat. Enfin, il n’est pas rare que je consacre des playlists spéciale qui rendent  hommage à des collectifs ou des genres musicaux. Une spéciale G-Funk par ci une spéciale Time Bomb par là. Les auditeurs d’OSNS kiffent réécouter des titres qu’ils n’ont pas entendus depuis longtemps. Je n’hésite pas à raconter des anecdotes liées aux morceaux que je joue. Je pense qu’il est nécessaire de transmettre ce que l’on sait. Même si ce n’est « que » du rap, on a une histoire et c’est bien de la connaitre.

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Tu as vu passer un grand panel du rap game francophone au micro de ton émission, quel a été ton client le plus difficile?
Pas d’invité difficile en particulier. Mais comme je te l’ai dit plus haut, certains rappeurs de la nouvelle vague n’aiment pas trop les bavardages. Ils viennent pour kicker du micro. Donc, pas la peine de préparer beaucoup de questions, on envoie les instrus et c’est parti.

Tu ne peux pas aimer le foot par exemple, et ne pas connaitre Maradona ou Beckenbauer. Le rap français c’est pareil, il faut connaitre le travail de ceux qui ont marqué leur  temps.

Et le meilleur?
Les meilleurs je dirais. Et bien ceux qui ont un grand parcours. Des gens qui ont des choses à raconter. Solo, Akhenaton, Squat, Dan de Tikaret, Sear de Get Busy, Rocca, Dj Mars, Dee Nasty et beaucoup d’autres. Les mecs ont vingt ou trente ans de carrière, ils ont vécu le Hip Hop quasiment dès son apparition en France. C’est très important pour moi d’interviewer tous ces gens. Même pour les auditeurs qui découvrent le rap, le Hip Hop, il faut connaitre l’histoire de la musique que tu apprécies. Tu ne peux pas aimer le foot par exemple, et ne pas connaitre Maradona ou Beckenbauer. Le rap français c’est pareil, il faut connaitre le travail de ceux qui ont marqué leur  temps. Pendant un moment, vers 2007, 2008 je vendais mes Cd’s dans la rue. Je me posais avec quelques potes devant les salles de concert, on foutait le son à fonds dans le post et on alpaguait les passants pour vendre le maximum de skeud. Un jour, je suis tombé sur un jeune d’environ la vingtaine. Il se prétendait puriste. «  Moi, le rap français c’est mon truc, fait écouter tes sons si je kiffe j’achète ». Je lui réponds sans problème et lui fait écouter un morceau que j’ai kické sur l’instru du morceau de Squat « Too Hot For Tv ». Je lui dis « Tiens c’est un morceau que j’ai posé sur une instru de Squat  d’Assassin ». Il me dit : « Je ne connais pas. Assassin, c’est la marque de vêtement non ? » J’étais choqué, vraiment. Moi quand j’ai commencé à écouter du rap, je connaissais le nom des pionniers, Dj Kool Herc, Kurtis Blow, Grand Master Flash etc… Et à l’époque, y avait pas internet, fallait fouiller dans les fanzines, écouter les rares émissions spé sur Nova ou Génération. Aujourd’hui, l’accès à l’information est beaucoup facile et rapide. Mais malgré ça, certains trouvent le moyen de passer au-dessus. C’est aussi pour ça que j’invite des pionniers, car ils reviennent sur leur parcours mais aussi sur les débuts du Hip Hop.

T’arrives-t-il de t’autocensurer sur certains sujets? Les rappeurs ont la réputation d’être très susceptibles…
Pas d’autocensure, non. Par contre ça peut m’arriver de ne pas aborder un sujet si l’artiste me le demande. Je suis là pour parler de musique, pas pour créer des polémiques, je ne suis pas Ardisson. Mais de mémoire, aucun invité ne m’a jamais demandé quoique ce soit. C’est plutôt les attachés de presse qui sont relou. Je me souviens de l’époque où je bossais pour The Source France, l’attachée de presse du rappeur Nelly m’avait demandé de ne pas dépasser les dix minutes d’interview et de ne pas parler de politique. Résultat, on a parlé de la guerre en Irak pendant une demi-heure…   

Un sujet type que tu n’aborderas jamais?
Merde, je t’ai dit qu’il n’y pas d’autocensure (rires). Plus sérieusement, en général, je n’aime pas trop parler des clashs. Je trouve que ça tire notre culture vers le bas… Et ce n’est pas le but de l’émission.

Booba a lancé il y a peu sa radio, qu’en penses-tu ? Les avis sont partagés quant à sa durabilité, le vois-tu comme un projet viable ?
Je trouve que c’est une bonne idée. Bon, ça va être difficile de concurrencer les radios FM, mais au moins il a sa plateforme. Il joue ce qu’il veut. Pour l’instant ce n’est qu’une application, mais peut être qu’à l’avenir ça va se développer et devenir une web-radio comme l’a été Goom Radio. Il faut attendre, c’est encore trop tôt pour se prononcer. N’oublions pas que les radios qui génèrent le plus d’argent aujourd’hui n’étaient que des radios dites pirates au début des années 80. Faut attendre encore un peu je pense…

Tu es très présent sur les réseaux sociaux depuis lesquels tu rebondis sur l’actualité. Le milieu de la musique est trop petit pour toi en fait?
Pas du tout, et d’ailleurs dans ma musique j’ai toujours abordé des thèmes liés à la politique, l’actualité et  la société dans laquelle on vit. Ce qui est bien avec les réseaux sociaux, c’est que tu peux pousser ton petit coup de gueule ou relayer une info de manière instantanée. Je n’hésite donc pas à le faire. Mais effectivement, j’aimerai bien animer une émission de débat et société. J’y pense de plus en plus.

…en ce moment la tendance c’est parler d’argent et de gros boules sur des instrus Trap. Et bien ça donne le matérialisme et l’individualisme. Après, ça ne retire rien à la qualité musicale de certains albums.

Beaucoup pensent que par certains aspects, que le rap ne veut pas sortir de l’adolescence. Beaucoup de rappeurs adoptent une posture victimaire vis à vis de la société ou en glorifiant le matérialisme et l’individualisme. Ça t’évoque quoi quand tu entends ce genre de propos?
Par rapport aux thèmes abordés, je ne pense pas que ce soit une question de jeunisme. Même si chez certains artistes, c’est le cas. Mais si tu reviens en arrière, un rappeur comme Oxmo Puccino avait déjà des textes très matures dans les années 90. Quand il a sorti son album « Opera Puccino » il n’avait même pas 25 ans. Quand Kery James a écrit « Le Combat Continu », pareil. Et ce n’était pas des morceaux d’ado pré-pubère. Le truc était sérieux. Aujourd’hui c’est différent, l’argent est un thème majeur dans le rap. Dans le rap mainstream on va dire. Car si tu fouilles un peu, t’as pleins de Mc’s comme Demi Portion, Espiiem ou bien Georgio qui sont loin de ce paradigme. Mais selon moi, ce concept de l’argent roi est lié à l’influence des Etats-Unis et à une mutation de la société. A une certaine époque, en France en tout cas, l’argent n’était pas le centre d’intérêt ultime des jeunes. Aujourd’hui ça a changé, à 13 ans ils veulent le dernier Iphone à 1000 euros. Moi à cet âge-là, avoir un survêtement Adidas à 200 francs c’était déjà énorme, alors un téléphone au prix d’un loyer…ça n’existait même pas dans nos rêves. Si t’ajoutes à cela le fait que le rap français a toujours été plus ou moins  tributaire de ce qui se fait aux USA. Et qu’en ce moment la tendance c’est parler d’argent et de gros boules sur des instrus Trap. Et bien ça donne le matérialisme et l’individualisme. Après, ça ne retire rien à la qualité musicale de certains albums. Faut juste avoir du recul et ne pas prendre ça au premier degré. Concernant la posture « dite » victimaire, ça a été le cas pendant un moment c’est vrai de tout mettre sur la faute de l’état, de ci de ça… Sur des instrus assez tristes, piano/violons. Un rap qui dénonçait. Et perso, je ne trouvais pas ça mauvais. Si tu prends l’album de la Fonky Family « Si Dieu veut », c’était le concept fuck l’Etat, les politiciens sont des pourris (ce qui n’est pas faux d’ailleurs) etc… Mais c’était dans un certain contexte. Les mecs avaient la vingtaine, à cet âge tu vois de l’injustice partout, t’as envie de t’exprimer, de crier ta rage, te défouler. Donc quand t’as l’occasion, tu n’hésite pas. C’est brut, parfois ça part dans tous les sens, ça sort du cœur et ce que j’aime dans le rap moi. Quand c’est réel, que ça respire le bitume.

Ok, revenons à ces fameux 5 ans d’émission, qu’as-tu prévu à cette occasion?
Grosse émission Old School le 23 janvier de minuit à 4, 5 heures du matin. Les Dj’s Anis Carter, Clif, Koi et Sonyt seront là pour mettre du gros son, j’animerai le tout et il y’aura des blinds test avec les auditeurs et des cadeaux à gagner. Attendez-vous à entendre du Mobb Deep, BlackMoon, Onyx, Wu Tang etc…

As-tu des projets sur le feu?
Actuellement,  je suis  en train d’écrire deux bouquins. Un sur  le rap arabe et un autre un peu plus personnel. Mais… Comme dirait l’autre « Je peux pas dire plus » (rires).

Ta dernière claque musicale?
« Red and Black Light » de Ibrahim Maalouf. Que de la musique, pas de parole. Et c’est là que tu comprends que même sans parole, un morceau peut transmettre différentes émotions. Un peu comme le classique de Funkadelic, Maggot Brain. Sinon en rap, j’ai beaucoup aimé « To Pimp a Butterfly » de Kendrick Lamar.

Le mot de la fin?
Vous pouvez être où vous voulez en ce moment, mais si vous lisez cette interview, c’est que vous êtes avec moi !!!

Infos : Old School / New School – le jeudi de 19h à 20h
facebook : page officielle
Lien web : Radio Aligre

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