Vous avez sans doute croisé une de ses œuvres quelques part… Que ce soit dans la rue, dans la presse ou tout bonnement sur le web où ses peintures sont buzzées à la vitesse de la lumière sur les réseaux sociaux comme Pinterest ou Insta. Julien Malland connu dans le milieu sous le nom de Seth est un artiste ouvert, voyageur au regard éclairé et humaniste. Rencontre.

Salut, peux tu te présenter?
Je m’appelle Julien Malland, je signe sous le nom de Seth des peintures sur les murs. Je voyage, je voyage un peu partout et je peins.

Tu as un style atypique, qui plaît beaucoup. Quand t’es tu engagé dans cette voie, dans ce délire ?
Dans mes nouveaux trucs, dans ce que je fais maintenant? Ben, donc je peignais sur les murs depuis le milieu des années 90 à peu près, et plus des perso dans le style graffiti, hip hop tout ça. Et après en voyageant, j’ai fait un tour du monde en 2003, j’ai vécu un peu au Brésil et je pense que tous ces voyages, ça m’a nourri et ça a changé ma manière de percevoir la peinture dans l’espace public. Après oui, c’est des expériences, c’est des rencontres. J’ai travaillé avec pas mal d’artistes traditionnels, ou d’artisans ou choses comme ça. Ca m’a libéré du carcan qu’il y avait ici par rapport à la peinture dans la rue et tout ça quoi. Je me suis beaucoup plus lâché et j’ai cherché de faire ce qui était vraiment moi. J’ai pas essayé de faire plaisir aux autres.

Et là tu parles d’émancipation, de carcan graffiti classique mais tu ne t’es jamais orienté vers la lettre un peu?
J’adorais ça, j’aime toujours, mais j’ai toujours été nul. Et puis l’autre souci que j’ai c’est que j’arrive pas à…quand je représente quelque chose, quand je fais quelque chose, c’est pas une figure de style, faut toujours qu’il y ait soit un, pas un message, mais quelque chose de caché, enfin il y a un discours derrière. Je ne me reconnaissais pas dans la lettre, dans la typo, pour faire ça. Y en a qui le font très bien, mais moi j’étais pas bon quoi. Et puis vu que je traînais qu’avec des gars qui faisaient de la lettre déjà et que moi j’avais déjà mon petit truc en dessin, ben voilà. J’ai jamais été dans le graffiti vendable ou les choses comme ça. Même si encore une fois je l’apprécie mais c’était pas mon truc. Même si, ouais, j’ai fait des trucs avec les gars, comme tout le monde, c’était très rigolo.

j’essaye de raconter quelque chose sur les émotions, (…) toujours des choses assez positives ou alors c’est des choses positives qui sont en contraste avec l’univers qui est autour, qui est plutôt négatif.

Justement tout à l’heure tu parlais de messages mais quel message tu essayes de véhiculer par ton travail?
bah ça dépend un peu des endroits dans lesquels je me trouve, parce que maintenant ce que je fais… en fonction du lieu je m’adapte et j’essaye d’avoir…, de raconter quelque chose sur les émotions, les sensations que vont me donner cet endroit ou par rapport à ce que les gens vont partager avec moi. Donc, c’est toujours des choses assez positives ou alors c’est des choses positives qui sont en contraste avec l’univers qui est autour, qui est plutôt négatif, des endroits détruits ou alors en destruction, ou des endroits où il y a une forte charge et où j’essaye de mettre des personnages très paisibles, très tranquilles. Après, soit je parle souvent, je fais des mixes avec la culture locale et mon travail, ou alors je parle d’imagination, ou j’essaye de faire en sorte que la personne qui regarde la peinture, ça l’aide un peu à ouvrir son imaginaire. Donc c’est pour ça qu’on voit rarement les visages ou des choses comme ça, pour que la personne qui regarde puisse imaginer le visage, ce que le personnage est en train de regarder ou ce qu’il est en train de faire, comme si le personnage était présent et absent. L’absence, c’est au mec qui regarde de la remplir, quoi. Ou la fille qui regarde, pas que le mec, enfin la personne qui regarde. Après il faudra réécrire (note perso : lol)

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Dans son immense atelier secret…

Pour en revenir aux voyages justement, t’as bossé une certaine période pour Canal, pour les nouveaux explorateurs, l’émission. Comment ça c’est fait exactement?
J’avais fait un livre, un carnet de voyage, sur un voyage que j’avais fait en 2003, j’ai fait un petit tour du monde. Et puis un producteur a vu le livre et m’a contacté. Il m’a proposé de me proposer à Canal, et ça a marché, voilà. Donc ça ne vient pas vraiment de moi au départ.

Et ça n’a pas été trop dur, trop compliqué ?
Non, ce qui était dur, c’était, ben au début je me méfiais, la caméra…moi j’aimais pas ça, quoi. C’était un peu compliqué, et puis je n’avais pas de responsabilité, à part en tant qu’auteur. C’est pas moi qui montais le film, ou des choses comme ça. Et puis après, au fur et à mesure, j’ai appris, j’ai compris comment ça fonctionnait, et à la fin j’étais co-réalisateur, j’étais en montage, on racontait l’histoire ensemble avec le réal. Là c’était beaucoup plus intéressant.

Moi maintenant, je ne recherche plus forcément la scène graffiti ou urbain, street art, enfin bref, c’est plus la culture locale qui va m’intéresser.

Parmi tous tes voyages, la destination la plus marquante ? T’es catalogué voyageur, c’est mort avec moi
Non, il n’y a pas de problèmes. Bah, ça dépend à quel niveau, puisque chaque destination a un intérêt. En matière de peinture à l’époque, de peinture dans la rue c’était le Brésil. C’était très riche, il y en avait partout. Ca allait du tag, ce qu’ils appellent pixadores à San Paolo, une fresque avec plein de personnages, mais maintenant les choses ont un peu changé, il y en a un peu partout dans le monde. Moi maintenant, je ne recherche plus forcément la scène graffiti ou urbain, street art, enfin bref, c’est plus la culture locale qui va m’intéresser. Et ça, que ce soit en Asie ou en Amérique du Sud, ou même en Afrique, il y a plein de choses hyper intéressantes quoi. Il y a plein de manières de s’exprimer qui existent encore, qui sont dingues. C’est ça que je recherche. L’Inde, par exemple, en peinture dans la rue, c’est fou.

Alors maintenant on va parler de la partie galerie. Alors donc maintenant tu exposes, comment tu vois le truc ?
(gêné) oui, oui j’expose, ben oui j’expose, et la question elle est où ?

Bah vas-y développe, on travaille sur toi là. Comment t’abordes le truc ?
Ben, c’était très très compliqué au début puisque la toile c’est pas un mur. Vu que moi, mon travail il est plutôt en fonction du contexte, contextuel, c’était un peu compliqué. Mais petit à petit, j’ai commencé à prendre du plaisir. Ca me permet de faire des choses que je ne vais pas faire dans la rue justement. Des recherches un peu plus expérimentales, ou plastiques ou des choses comme ça. Et puis ça me permet aussi d’essayer des choses que je fais après dans la rue. En fait c’est une espèce de va et vient entre ce que je peux faire dans la rue et là, quoi. Puisque moi, j’ai toujours cette notion de public dans mon travail, et la toile c’est pas du tout la même chose quoi. Mais maintenant ça m’amuse. Je fais des trucs, puis j’essaye d’évoluer petit à petit, de mélanger la peinture, le pastel, la bombe, tout ça quoi. Il n’y a pas de limite.

Quelles sont les prochaines expo de prévues alors ?
Bah là j’ai fait une expo à la galerie Géraldine Zberro en mars. Et puis il y aura normalement une expo à Rome, mais ça va être quelque chose d’assez grand puisque je vais avoir un lieu abandonné, un peu comme ça, et je vais faire ce que je veux. Donc possibilité de faire des installations, possibilité de peindre des trucs. C’est ça qui me plaît le plus, pour le coup. Ca, et on est en train de voir avec le musée d’art contemporain de Shangaï, c’est cool. Et puis, il y a un truc très intéressant aussi qu’on est en train de mettre en place au musée d’art contemporain de Lyon. C’est une expo qui regroupe des gens qui s’expriment dans la rue, street art si on veut, encore une fois je n’aime pas ce mot, mais bon, qui travaillent sur leurs cultures et leurs traditions. C’est-à-dire qu’ils reprennent des éléments de leur culture dans une approche contemporaine de la peinture murale. Donc il y a par exemple, il y a des mexicains qui font des gens avec des masques du carnaval dans les villages, carnavals ruraux et tout ça. Il y a Teck, qui est d’Ukraine, qui reprend les peintures orthodoxes, qui sont dans les églises orthodoxes donc. Il y a Recco Reni qui est d’origine aborigène qui représente le sceau de sa famille aborigène mais aussi avec des couleurs modernes et tout ça. Donc voilà, je trouve ça hyper intéressant parce que aujourd’hui il y a tellement de tout et n’importe quoi sur les murs, que c’est bien de leur donner un sens un peu et de montrer les gens qui l’utilisent en y mettant du sens.

Je n’ai pas encore le nom de l’expo, mais ça, ça va être bien, c’est la première expo dans un musée comme ça. Ca va être chouette, il y a des gens du monde entier, il y a une chinoise aussi qui fait des trucs dingues. Il y a des réunionnais. Alors la Réunion, c’est marrant, il n’y a pas vraiment de culture graphique, à part la culture et la bouffe, y a pas grand chose. Et eux, ils sont en train de l’inventer en reprenant des vieilles légendes, en reprenant des vieux trucs, en mélangeant des choses de Madagascar, d’autres mythes de l’océan Indien. Je trouve ça aussi très intéressant.

seth 2014 Xintiandi

Est-ce que tu as des projets de bouquins, ou quelque chose comme ça. Parce que tu étais un peu dans l’édition pendant un moment.
J’aimerai bien, mais j’ai pas le temps. Oui, j’ai des projets mais il faudrait le temps. Après j’ai plein d’idées puisque je continue à écrire quand je voyage, des croquis, des dessins, les machins.

Ah d’accord, une approche un petit plus littéraire donc ?
ben non, mes derniers livres j’écrivais mes textes.

j’en ai lu aucun donc… J’en ai beaucoup entendu parlé, je les ai vu passé mais je ne les ai pas lu
C’est pas vraiment littéraire …

…Mono Gonzalez, c’est un chilien qui a 70 ans, et qui fait parti des muralistes politiques qui peignaient dans les années 60 pour les communistes (…) Et c’est avec lui que j’ai fait mon premier grand mur, c’était à Santiago en 2011, et c’était un grand honneur

Des carnets de voyages quoi…
Après je raconte les histoires dans un style, je ne sais pas si c’est littéraire, c’est pas de la grande littérature mais en tout cas, ça donne une ambiance. Ca se répond avec les peintures. C’est pas juste, tu vois, les bouquins, les catalogues de peinture, y a un contexte, pourquoi j’ai fait ça, qu’est-ce qui s’est passé.

C’est ça j’imagine qui a du plaire au producteur qui t’a amené à faire l’émission.
oui, oui, c’est ça. Puis, il y a des trucs marrants. Là, aujourd’hui il y a un type qui m’avait appelé pour peindre au Sénégal là, et là je lui ai dit : « Ah mais je connais un gars, il peint sur les pirogues là, vers la Médina, tout ça » J’ai essayé de le retrouver mais j’ai pas son nom de famille, j’ai pas son téléphone. Et là, il l’a retrouvé, il m’a envoyé la photo, parce qu’on avait peint une peinture ensemble, et là il va le faire bosser, il veut lui faire faire tout un truc sur une usine ( je ne suis pas sure du mot , j’entends mal) électrique. Donc, les rencontres, les voyages, tout ça, il se passe des choses après.

C’est vachement enrichissant, ça ouvre, ça crée des liens.
Ben moi, c’est pour ça que je peins, pourquoi j’ai commencé à peindre dans la rue, dans le monde comme ça, c’était une manière de vivre différemment le voyage, de rencontrer des gens, de partager des choses. Quand j’ai fait mon voyage en 2003, j’étais parti en touriste. Et puis hop, on va boire des cocktails, on va à la plage pour rigoler et puis au bout d’une semaine, j’ai fait « ben non, ça me plait pas », donc j’ai commencé à contacter tous les mecs qui peignaient, dans chaque pays, et puis là, tout à changer quoi. Là, je voyageais vraiment.

Et sinon, l’artiste avec lequel t’as aimé le plus collaborer, pendant tes voyages ?
Ben, il y en a beaucoup encore. Après, il y en a un qui m’a marqué parce qu’il est assez spécial, c’est Mono Gonzalez, c’est un chilien qui a 70 ans, et qui fait parti des muralistes politiques qui peignaient dans les années 60 pour les communistes, les socialistes et tout ça, et qui continue encore, qui fait des collab avec des graffeurs, avec des jeunes. Il est super. Et c’est avec lui que j’ai fait mon premier grand mur, c’était à Santiago en 2011, et c’était un grand honneur. Après je l’ai revu aussi plusieurs fois. C’est un peu mon…mon père spirituel on va dire. La rencontre avec ce monsieur, ça m’a donné une dimension sociale à mon travail, dans le sens où je me suis dit je ne pouvais pas peindre…on a une responsabilité, qu’est-ce qu’on veut raconter. Est-ce qu’on veut raconter de la merde, est-ce qu’on veut juste se faire plaisir. Là c’était réfléchir, pourquoi on peignait dans la rue. Ouais, il fait des trucs chouettes. Parce que quand on a commencé à peindre, j’sais des trucs avec graffiti, il n’y avait pas de raison, c’était un peu pour s’amuser quoi. Et puis après au bout d’un moment tu réfléchis, tu te poses des questions.

Avec le temps tu te poses des questions.
Ou pas, y en a qui ne le font pas.

C’est vrai.
Tu vois, je ne les juge pas. Mais moi, en tout cas, j’avais ce besoin. A un moment je me suis dit : « Mais j’ai autre chose à foutre quoi ». Si c’est juste pour faire un barbecue dans un terrain vague avec les potes, je préfère aller… j’sais pas moi, au bord de la mer. Si je peins, c’est qu’il y a une raison, quelle est cette raison et pourquoi. Bah j’ai trouvé finalement.

C’est une démarche qui est tout à fait louable, qui est naturelle même je dirais. Puisque en fait, à un moment donné c’est important de sortir le graffiti ou l’art urbain, ou le street art, on l’appelle comme on veut, de son enfance en fait. D’une certaine façon, faut lui apporter une certaine maturité, dans le travail, dans la démarche.
Bah, tu regardes le graffiti, ça a été inventé par des enfants ! C’est des mecs de 13 ans à New York, 12 ans euh, après ils ont grandi, ils ont continué, mais c’est un truc de gosse quoi. Mais c’est génial ! C’est ça qui donne toute la beauté au truc. Après, t’as 45 ans t’es encore un gosse y en a plein. Encore une fois, tant mieux pour toi mais c’est pas euh. Oui comme tu dis, il n’y a pas de réflexion derrière, c’est de la spontanéité, de l’expression, c’est tu t’empares du support, y a de la rébellion derrière aussi parce que tu fais des terrains et des machins. Mais quand tu vas tagguer, il y a une espèce de rage, de colère, il y a plein de choses qui sont mélangées, de compétition avec tes collègues, de montrer ce que tu sais faire et voilà. Mais qui est très bien, mais après il y a d’autres choses à exprimer en peignant des murs. C’est ça, quoi. Mais je vais pas me mettre tout le graffiti à dos….

http://seth.fr/

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