Jeudi 26 mai à Paris. 14h place de la Bastille, une nouvelle manifestation contre la loi Travail se prépare à démarrer. Ils étaient entre 18000 et 100 000 dans ce cortège sous haute tension, émaillé de heurts et de casse. Le mouvement se durcit, la répression des forces de l’ordre aussi.

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« Je suis un manifestant pacifiste mais maintenant on est obligés de se protéger. Alors je mets un masque de plongée. Et tant qu’à faire, pourquoi pas une bouée »

Après un début plutôt bon enfant, la tête du cortège change petit à petit de visage. La rythme s’accélère et les vêtements s’assombrissent.

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Beaucoup de personnes masquées, de lunettes de piscine et de masques à gaz. Assez vite, avant même la moitié du parcours les premiers heurts entre manifestants et policiers ont lieu. Quelques pétards, quelques jets projectiles, mais encore rien de bien méchant.
Au croisement de la rue de Chaligny et du boulevard Diderot le cortège se disloque. Un mouvement de foule emporte quelques centaines de personnes sur un parcours alternatif, sous les slogans appelant à une  manifestation « sauvage ». Certains ne voulaient pas s’en tenir au parcours officiel.
Au bout de la rue le comité d’accueil est bien présent. Les forces de l’ordre bloquent vite la rue et freinent l’élan des manifestants. Dans la foule on ne trouve pas que des gens venus s’opposer à la loi Travail. C’est un ensemble homogène de jeunes, de personnes âgées, de suiveurs, de gens qui veulent sûrement en découdre mais aussi de badauds et de riverains.
Tout le monde se rend compte que c’est une impasse, que ça va mal finir.

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Impossible de rebrousser chemin, la porte s’est refermée à l’arrière. Un cordon de CRS fait tampon entre la manifestation qui a continué son chemin boulevard Diderot et ceux qui ont bifurqué dans la rue de Chaligny. C’est ce qu’on appelle une nasse policière. La rue se trouve noyée sous le gaz et les grenades de désencerclements. Le piège vient de se refermer sur les manifestants en les compressant à l’extrême. Pendant une dizaine de minutes personne ne peut sortir tandis que le gaz lacrymogène continue à flotter dans l’air sans se dissiper.
Hurlements, panique. Certains pleurent, implorent les commerçants d’ouvrir leur boutique pour pouvoir respirer. D’autres vomissent.
Quelques uns sont parvenus à se réfugier dans un immeuble mais les CRS leurs laissent une minute pour sortir sans quoi ils menacent d’envoyer des grenades lacrymogènes dans la cage d’escalier.

« Bloquer un millier de personnes comme ça, mais ils ont fous! On est où là? J’ai cru mourrir!»

« Bloquer un millier de personnes comme ça, mais ils ont fous! On est où là? J’ai cru mourrir!»

La foule appelle les manifestants du boulevard Diderot à leur venir en aide. « Syndicats avec nous », cri du coeur improbable quand on connaît la tension qui existe entre les manifestants dits « autonomes » et les syndicats, notamment avec le service d’ordre de la CGT (casqués, parfois armés de manche de pioche ou de battes de baseball ils sont accusés d’avoir attaqué des « autonomes » à la fin des manifestations)
Après un long moment de flottement, les CRS débloquent la nasse sous la pression du reste des manifestants et le cortège peut rejoindre le reste de la manifestation.
Tout le monde respire.
Le cortège s’arrête puis reprend au rythme des CRS qui ouvrent la marche. Chaque arrêt fait augmenter la tension.
Passé l’arrêt Reuilly-Diderot un groupe diffus d’une centaine de personnes prend pour cible tous le mobiliers urbain: abris bus, publicités, horodateurs, station Autolib.

RIP JC DECAUX...

RIP JC DECAUX…

Tous les symboles du capitalisme sont attaqués à coups de pieds, de poings ou de marteau. Certaines vitrines y passent d’autres non. La boutique Emmaus fait l’objet d’une vive discussion entre manifestants. Elle échappe de peu aux dégradations grâce à l’effort de quelques uns formant une chaîne humaine faisant tampon entre les plus déterminés et la boutique. D’autres encouragent les casseurs: « Emmaus c’est devenu un business comme un autre, ils ont des boutiques vintage à Montreuil. En plus, ils embauchent énormément dans les CAT » (centres d’aides par le travail, ancienne appellation des ESAT actuels, ce sont des centres réservés aux personnes en situation de handicap).

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La concession Skoda, elle, fait consensus. La vitrine est détruite, les voitures attaquées au marteau et taguées.

Vitrine de chez Skoda...

Vitrine de chez Skoda…

Tandis que la place de la Nation se rapproche, un manifestant nous décrit les lieux:

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«  Là bas on lâche les taureaux, sauf qu’ils ont des boucliers et des matraques, c’est une arène géante! «

Arrivés Place de la Nation, les forces de l’ordre occupent les 2/3 de la Place, difficile dès lors d’y faire entrer tout le monde. Les affrontements reprennent de plus belle, pendant que le reste du cortège pénètre au compte goutte.

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Pendant plusieurs heures les manifestant vont jouer au chat et à la souris avec les CRS. jusqu’au périphérique dans une brève tentative de blocage.

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« Pour l’instant je n’arrive à avoir que des lacrymos. Mon but c’est de renvoyer une grenade de désencerclemnt, je travaille mon coup droit!. »

Avant de partir on va se renseigner auprès des Street Medics qui dispensent les premiers soins aux blessés des manifestation. L’un d’eux nous avoue difficilement être sapeur pompier dans le civil. Ce qu’il fait ici doit rester secret car ses collègues sont « plutôt à l’opposé » nous dit-il.

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Selon leurs dires, aujourd’hui était un jour habituel, sans plus de blessés que les autres jours. On apprendra pourtant tard qu’un journaliste est hospitalisé pour un enfoncement de la boîte crânienne. Il a reçu une grenade lancée par les forces de l’ordre.

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2 Réponses

  1. Coeckelbergh

    Comme ce titre « Du gaz à tous les étages » est bien tapé ! Bravo Victor pour cet article (bien illustré) qui éclaire en si peu de mots le basculement (« Le rythme s’accélère et les vêtements s’assombrissent ») vers la violence, qui est toujours une spirale. Que peut-il sortir du chaos ? Le néant serait le moins mauvais résultat mais là, c’est pire. La pancarte « les erreurs de la non-violence » (1ère photo) est tragi-comique.

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