C’est au cœur de son atelier que Zenoy nous reçoit tout sourire. Entre deux cafés et quelques bonbons aussi acidulés que colorés, il nous invite à mieux connaitre son travail, son parcours et sa vision sur l’engouement des galeristes pour le graffiti.

Salut à toi, peux-tu te présenter?
Je suis ZENOY, je suis graffiti artist, je suis un mec cool, je fais des toiles (rires).

Peux tu nous parler de ton parcours?
Disons que c’est un parcours comme beaucoup d’autres taggueurs et graffeurs, j’ai commencé par le tag, au fur et à mesure j’ai affiné mon style.

Tu travailles beaucoup sur toiles dans un style très coloré. Peux tu définir ton style?
Sur toile j’essais de faire ressortir une certaine fraicheur et une certaine gaité. Quelque chose de joyeux, qu’il s’en dégage une sorte de feu d’artifice. Que ça pétille, que quand on la regarde ça fasse du bien aux yeux tout simplement. Sans véhiculer un message précis, je cherche à attirer le regarde.

Comment s’est fait le passage en galerie concrètement?
Un peu par hasard. J’ai réalisé une toile pour une amie, ça lui a plus. Suite à ça elle m’a proposer d’en réaliser une pour une société avec qui elle était en relation. J’avais un peu peur, je n’avais jamais fait ce genre de travail. Je me suis lancé, ça a plu. On m’en a demandé d’autres jusqu’à ce que des galeries me contactent pour exposer. Ca s’est fait tout simplement. Ce n’est pas quelque chose que j’avais prévu on va dire.

Parlons du marché de l’art, te sens tu à l’aise dans ce secteur?
Oui je me sens à l’aise. D’ailleurs on m’a souvent posé cette question car il y a beaucoup de polémiques. Pour certains le graffiti doit rester dans la rue, sur les trains… Je me sens à l’aise car je ne me mens pas. C’est à dire que j’ai fait des trains, j’ai fait des rues. J’ai bossé sur tous les supports. J’ai pas l’impression de trahir. J’ai pas l’impression de mentir dans le sens où j’ai déjà fait tout ça. Pour moi c’est une suite… (il réfléchit) pas vraiment une suite d’ailleurs car quand j’étais gamin, je peignais sur des planches de bois. Sans me dire que c’était de l’art, mais je m’exprimais déjà de cette manière. Le matin on allait faire des trains, l’après midi ou la nuit on allait tagguer… Donc pour moi c’est un support différent. Ca ne me gène pas. J’arrive à comprendre le mec qui ne veut pas faire de toiles, chacun sa vision.

« Je me sens à l’aise car je ne me ment pas. J’ai bossé sur tous les supports. J’ai pas l’impression de trahir. »

Quelles sont tes inspirations?
Ben, sur la série sur laquelle je travaille, qui s’appelle « Incisions », c’est une série dans laquelle je grave mon tague dans la toile, l’inspiration, le but, c’est de mettre le tag en avant. Au delà de mon nom, même si les gens qui viennent en galerie ne comprennent pas forcément mon tag, se qu’ils retiennent c’est une certaine fraîcheur, quelque chose qui leur pétille au visage. C’est ce que je recherche avant tout. Je veux transmettre une joie de vivre que j’ai en moi à la base. C’est le message que je veux transmettre. On a beaucoup tendance dans l’art, sans critiquer, hein, d’artistes qui entretiennent une tristesse, un mal de vivre… Je préfère aller à l’inverse de tout ça. Leur dire que je suis quelqu’un de joyeux… Comme tout le monde, on a tous eu des hauts et des bas. Avec tout ce qui se passe, les guerres, les maladies… On a de la chance globalement on n’est pas dans un pays où on se prend des bombes sur la gueule quotidiennement, donc ça va. Faut exprimer sa joie et c’est ce que je fait.

Zenoy dans son atelier

Zenoy dans son atelier

Travailles-tu par thèmes? incision c’est la série sur laquelle tu bosses, mais fonctionnes-tu par thèmes?
Bien sûr! J’ai fait d’autres toiles sur lesquelles je faisais des petits B-boys qui ressemblaient plus à des chimères que je mélangeais avec des lettres. Donc oui j’ai eu plusieurs séries, j’ai aussi fait des choses plus traditionnelles avec des lettrages classiques…

Ca reste dans la continuité de ton style en fait
Oui il y a une sorte de continuité. Dans ce que je fait on retrouvera toujours mon tag.

Et du rose aussi!
(Rires) Oui c’est sûr! Ben ça c’est clairement les codes couleurs des graffs de Mode2 et d’autres quand j’étais gamin. Après je dis Mode 2 c’est la référence pour beaucoup d’entre nous. Il avait une manière de travailler ses couleurs à l’époque qui était hors du commun. Quand je voyais ça, c’était frais, il n’y avait rien à dire! Tu pouvais rester 3 heures à regarder ses murs. Donc oui, il m’a amené ce coté frais et coloré.  Mais j’ai également fait des toiles en noir et blanc, mes chimères. Pas du tout de couleurs, mais il n’y a pas de tristesse. Un mélange de vie personnelle mélangée avec des lettres déformées mélées avec des animaux… J’appelle ça des chimères. Mais ma série du moment, Incisions, c’est ce que je kiffe faire en ce moment, c’est mon bébé.

Pour en revenir au graffiti, quels sont les artistes qui t’ont influencé?
Ah ben, il y en a eu plein. C’est ce que je dis souvent, en citer que quelques uns, c’est insulter les autres quelque part, il y en a tellement (rires). Tout à l’heure on parlait de Mode2, ensuite il y a eu Darco, GMG, pas reconnu à sa juste valeur d’ailleurs, il y avait aussi les TCP, Shuck2, Vision qui posait Extaze … Pas mal de mecs au final qui m’ont inspiré. Mais c’est sans fin, il y a aussi les incontournables, Bando, Colt! Mais on peut parler de Sino aussi, sur la ligne St Lazare on ne pouvait pas le louper! Des anciens comme Sero, Exper, la liste est longue…

Quel regard portes tu sur la nouvelle scène graffiti?
Ben , je t’avoues, je suis sans suivre. Quand je prends le train ou quand je suis en voiture, je vois les peintures sur l’autoroute… Je sais pas quoi dire. Moi même quand j’étais plus jeune, je ne faisait pas mieux que ce qu’il font aujourd’hui, donc la critique n’est pas facile, mais je trouve que souvent c’est du vite fait mal fait (rires)

Là tu parles de la partie vandale, mais sinon en terrain ou en galerie?
Ah oui, et bien ce qu’il y a d’impressionnant c’est qu’il y a des mecs que je ne connaissais pas dont je vois le travail sur toile, c’est impressionnant. Techniquement parlant ça a vachement évolué.

« L’avenir je ne le vois pas. Je bosse, je vis au jour le jour, j’avance ! »

Donc là tu prépares une expo?
Oui je prépare une expo pour le mois de février. A la galerie Géraldine Zberro sur Paris.

Pendant une certaine période, tu étais suivi par un mécène, tu peux nous en parler?
Oui j’ai eu la chance de rencontrer un grand mécène français qui m’a soutenu. Il m’a hébergé, il nous a donné un atelier, il nous a donné le temps de peindre. Il nous a présenté des collectionneurs. Grâce à lui j’ai pu avancer plus vite que certains. C’est une grande chance. Je vais rester secret sur son nom car c’est quelqu’un de discret. Mais je suis conscient de la chance incroyable ça a été de le rencontrer. Un grand monsieur!

Vous êtes restés en contact?
Oui, bien sûr. On s’appelle, il suit ce que je fais, c’est un homme formidable.

As tu eu l’occasion d’exposer à l’étranger?
Oui, j’ai eu l’opportunité d’aller en Autriche, j’ai exposé là bas, avec Cantwo et Aroe des MSK et mon pote Don des TWA. C’était top. Maintenant j’essais de m’ouvir à d’autres pays. J’ai la chance de faire des ventes en Suisse. Je bosse également avec une galerie en Israël (à Tel Aviv), qui vend quelques unes de mes toiles là bas.

Ah ben tout va bien! Et donc, comment se déroule une journée type de monsieur Zenoy?
A 9 heures je suis à la crèche pour déposer mon petit, ensuite je fonce à l’atelier. Je démarre tranquillement vers 9h30 jusqu’au soir jusqu’à 18, 19h, parfois jusqu’à tard, genre 4h du mat’ ça dépend. Je me motive à y aller tous les jours. Enfin, j’ai même pas à me motiver. Quand je n’y vais pas ça me manque! Donc journées simples (rires)

Tu as des projets annexes, des projets en cours?
Je lance actuellement une série de sculptures avec un ami, qui m’avait présenté le mécène qui m’avait suivi. Mes idées lui ont toujours plu. Donc là il s’est lancé on vend des sculptures. C’est sur le marché, on a même lancé un site web : www.vandgraal.com Ca a très bien démarré. On a fait une très belle expo, ça c’est très bien passé. Bon après les gens n’ont pas tellement de référence par rapport aux sculptures dans le graffiti. Même si quelques grands noms s’y sont essayé. Je fais référence à Jonone et d’autres. Nous on a essayé de lancer quelque chose de lourd.

Quelle matière est utilisée?
C’est de la résine pleine. Chaque pièce pèse quinze kilos. Bref, tout va bien, ça plait, je suis content.

Comment vois tu l’avenir?
L’avenir je ne le vois pas. Je bosse, je vis au jour le jour, j’avance. Le graffiti en galeries, en ventes aux enchères c’est encore neuf pour moi. Quand tu regardes l’histoire de l’art en général, c’est tout nouveau. Malgré le fait que les galeries s’intéressent au phénomène depuis 10 ans maintenant, ben j’y vois un bel avenir. ça devrait bien se passer. C’est une question de travail et de volonté je pense.

 

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